BRIAN JONESTOWN
MASSACRE
We are the radio
(Tee Pee Records - 2005)
1. Never become emotionally attached to a man, woman, beast,
or child
2. Seer
3. Time is honey (so cut the shit)
4. Teleflow 5 vs. Amplification
5. God is my girlfiend
Le
dernier BJM nous parvient enfin. Un splendide mini-album qui mettra
tout le monde d'accord : Anton Newcombe est un génie.
Nombre sont ceux qui ont découvert ce groupe indé de
San Francisco au chanteur/compositeur cinglé, Brian Jonestown
Massacre, dans le passionnant rockumentaire Dig! de Ondi Timoner,
oubliant presque les non moins excellents, quoique moins frappadingues
Dandy Warhols. Dix albums en dix ans et autant d'excès, d'achoppements,
de bouleversements de line-up ou de situations, et une pléthore
de styles musicaux défrichés, dépoussiérés
allègrement, de la pop 60's stonienne à l'électroclasse
de Kraftwerk, en passant par le western halluciné ou la parodie
désopilante des Dandys... Avec une constante : Anton Newcombe,
génie possédé et inégalable dans le rôle
du chaman roi.
On commence ce We are the radio (dont on n'espérait même
plus la sortie dans nos contrées) avec Never become emotionally
attached to man, woman, beast or child (un chouette titre-fleuve)
bâti sur des guitares folk tintinnabulantes ou arabisantes et
autres bourdons indiens, complétés par la voix doucereuse
de la muse Sarabeth Tucek, qui hante magistralement l'album du début
jusqu'à la fin. Une splendeur que ce premier titre apaisé
et envoûtant.
Vient ensuite Seer, mini-tube en puissance et littéralement
jouissif tant il tutoie les cimes de la perfection pop. On perçoit
toujours au loin la voix sibylline de Sarabeth convolant en justes
noces avec celle d'Anton Newcombe qui fait décidément
bien penser au chanteur de Spacemen 3. Au premier plan, les guitares
folk sont soutenues par un rythme électro et haletant façon
Suicide, bien que la comparaison s’arrête là :
Seer est un appel d'air constant.
Time is honey (so cut the shit) est une scie neurasthénique
et funambule au premier abord, cependant c'est bien en pleine chevauchée
mystique que BJM nous projette. On aurait presque envie de croire
aux pouvoirs chamaniques de cette chanson. Les deux voix hypnotiques
et languides des deux amants y sont évidemment pour beaucoup,
une fois de plus. Ici, le spectre des Spacemen 3 n'est jamais très
loin, mais des Spacemen 3 qui auraient troqué leurs guitares
à la saturation exacerbée pour de vieilles guitares
acoustiques nacrées et pour des panoplies de cow-boys à
la Blueberry style.
Teleflow vs. amplification n'est pas une chanson à proprement
parler. En effet, des synthés style Kraftwerk en apesanteur
répètent un motif jusqu'à l’hypnose totale
de l'auditeur. Une sorte de pause droguée, toxique et délétère
à mi-parcours de cet album décidément trop court
car...
God is my girlfriend (sic), c'est déjà la dernière.
Mais quelle! On rejoint illico le western spaghetti à la Morricone,
sans l'orchestre mariachi (bien que BJM ait déjà eu
recours à un tel ensemble sur le fameux You look great when
I'm fucked up, un des meilleurs titres de This is our music). A cette
Morriconerie donc, vient s'écussonner une sorte de chorale
morbide et hallucinée en pleine incantation et suppurant une
mélodie vénéneuse, entêtée et entêtante.
Et déjà, on ne touche plus la terre ferme, on divague,
on chavire, on sombre lentement sous la houle comme sous l'effet d'un
charme. BJM n'a jamais aussi bien porté son nom : du nom de
son nuage bleu, Brian Jones approuve. Quant à nous, on en redemande.