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SORTI DE LA CAVE
Enfin la réhabilitation
d’un ancien Zombie, auteur d’un chef d’œuvre
musical scandaleusement occulté depuis plus de trente
ans.
Dans les caves de mon immeuble, personne n’y
va. Elles ont trop servi de débarras depuis des dizaines
d’années. Des générations de propriétaires
et de locataires s’y sont lâchement délestés
de ce qui les encombrait, comme ça, en vrac. Et puis
ils ont eux même disparu. Ils sont partis. Leurs vieilles
affaires abandonnées sont restées, entassées
dans la noire poussière des bacs à charbon d’autrefois.
Il y a quelques années, intrigué par cet espace
de non droit, j’y ai effectué une descente à
la torche. La première sûrement depuis la visite
d’une courageuse société de dératisation
qui avait marqué son passage de quelques coupelles
de grain rouge malencontreusement renversées par mon
pied aveugle. En vérité, encombré moi-même
à la maison par quelques objets qui ne valaient pas
pour autant la poubelle, j’étais à la
recherche d’un endroit pour les y mettre au purgatoire.
Mon rayon lumineux engagé dans ce capharnaüm embaumant
le salpêtre, s’est fixé rapidement dans
un coin sur un carton déformé par l’humidité.
Des disques 33 tours (presque tous) inconnus au bataillon.
Mélanie Born to be, Jimmy Hendrix Are you experienced,
Beatles Sergent Pepper, Leonard Cohen Songs from a room, Dick
Annegarn Sacré géranium, Christophe Les paradis
perdus, Sparks A woofer in tweeter’s clothing, Yes Tales
from topographic oceans, Jefferson Airplane After bathing
at Baxter’s, Zombies Odessey Oracle, Colin Blunstone
One year…Tout ce trésor a été remonté
religieusement jusqu’à mon quatrième étage
puis confié après un minutieux dépoussiérage
(je ne connais pas le mot pour "gratter du moisi")
à ma vieille platine scandaleusement délaissée
depuis l’avènement du compact disc. Au milieu
des craquements dus aux mauvaises conditions de séjour,
des heures de découvertes aussi excitantes qu’ébouriffantes.
Sorti de l’oubli
Sony Music, dans sa collection Millenium Pop, vient
de ressortir (on pourrait même dire « exhumer
») One Year, une oeuvre honteusement oubliée.
Sûrement publiée à une époque trop
prolifique pour être assez attentive.
C’était en 1971 : Colin Blunstone, avait été
le fabuleux chanteur d’un groupe anglais magnifique,
The Zombies, qui n’avait pas survécu à
l’absence de succès (et dont le chef d’œuvre
post-mortem Odessey Oracle en 1968 est également un
très injuste laissé pour compte de la pop-music).
Le temps de s’en remettre (trois ans) et il consacre
une année, de juillet 70 à juillet 71, à
se reconstituer artistiquement en écrivant son premier
album solo. Un disque d’une beauté, d’une
finesse et d’une délicatesse époustouflantes.
Hormis le premier morceau (joli tube enlevé mais finalement
assez peu original et surtout très daté) les
trente minutes que dure cette année là passent
comme un rêve, un enchantement d’une richesse
musicale particulièrement émouvante. La voix
extraordinaire enlace les arrangements de cordes (parfois
cuivres), véritables opus de musique de chambre, entre
Schubert et Poulenc, pour revenir subrepticement à
un cadre plus dénudé aux accents de guitares
brésiliennes avant de se replonger dans cette fabuleuse
ambiance de quatuors à la films de Chabrol…Un
splendide et très subtil entrelacs classique, pop,
soul et bossa, encore parfaitement dans l’air du temps
malgré ses trente ans d’âge bien tassés.
Un monument où de nombreux artistes sont venus discrètement
faire leurs emplettes (on pense à William Sheller notamment)
et dont la réhabilitation est aussi nécessaire
que bienfaisante.
Quant à moi, après la cave, je songe à
m’attaquer au grenier : il doit rester encore plein
de choses à dénicher dans l’obscurité.
Roland Caduf
© Jowebzine.com – Octobre 2003
Site : www.colinblunstone.co.uk
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