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     MuSiQueS
 
DAVID BOWIE
Diamond dogs
30th anniversary edition
(EMI - 1974/2004)

CD 1
1. Future legend
2. Diamond dogs
3. Sweet thing
4. Candidate
5. Sweet thing (reprise)
6. Rebel rebel
7. Rock’n’roll with me
8. We are the dead
9. 1984
10. Big brother
11. Chant of the ever circling skeletal family

CD 2
1. 1984/Dodo
2. Rebel rebel (US single version)
3. Dodo
4. Growin’up
5. Alternative candidate
6. Diamond dogs (K-Tel best of..edit)
7. Candidate (Intimacy mix)
8. Rebel rebel
La fin du monde n’est toujours pas là et tant mieux ! On va pouvoir continuer à l’imaginer en écoutant cette histoire hallucinante de chiens aux diamants, dont les multiples facettes brillent aujourd’hui encore des mille feux du génie de Bowie.


1974. Bowie persiste à programmer la fin du monde (il l’annonçait déjà pour "dans 5 ans" en ouverture de Ziggy Stardust… en 1972) et en repousse l’échéance à 1984. Trente ans plus tard, bien qu’ayant frôlé à plusieurs reprises la catastrophe, le monde est toujours en (sur)vie… et Bowie - qui a abandonné son plumage de prédicateur de mauvaise augure - aussi. Quant aux services marketing de chez EMI, leur vénale vitalité les amène à nous offrir dans cette réédition - en plus de l’album original - un CD de raretés archi-connues comme ils en ont le secret. Dès 1990, on trouvait déjà en bonus sur les rééditions Rykodisc les excellents Dodo et Candidate (formidable chanson dans sa version non-destroyée) ; pour le reste, c’est non tantum du déjà entendu sed etiam absolument sans intérêt.

Enfin, pas tout à fait : cette mercatique initiative nous donne au moins l’opportunité de réhabiliter une œuvre majeure dans la carrière de l’homme aux yeux vairons. Car riche, inventif, personnel et transitoire, Diamond dogs - avec ses qualités, ses défauts et ses trente ans d’âge - fascine et allume encore comme un vieux whisky, en commençant par cette pochette effrayante (œuvre du belge Guy Pellaert) montrant un Halloween Jack / Bowie mi-homme mi-chien (finalement asexué pour cause d’attributs trop proéminents au goût d’une censure castratrice) dans un univers apocalyptique de grattes-ciel en ruines. Halloween Jack, rare survivant de l’ère post-atomique, celle des Diamond dogs mutants qui font main basse sur la ville dévastée, sol jonché de cadavres, de rats pourris, d’insectes monstrueux… "This ain’t rock’n’roll / This is genocide". Ceci pour vous donner une petite idée du contexte de l’histoire, inspirée à la fois de William Burroughs (The wild boys), Harlan Ellison (A boy and his dog) et naturellement du 1984 de George Orwell.

Ayant viré au préalable et sans ménagement l’ensemble de son groupe (les fameux Spiders Ronson, Bolder et Woodmansey), Bowie prend ici en main la composition, la production, les arrangements, les guitares et même le saxophone (son instrument d’origine). Musicalement, contrairement à ce qu’on a pu en dire, on trouve beaucoup d’idées remarquablement modernes, d’expériences dans les sons et les enchaînements ; Bowie alterne les passages déstructurés et les tubes imparables. Exemples : la fin de Sweet things (reprise), complètement destroy sur son tempo de locomotive (un avant goût de Station to station ?) qui aboutit au riff mythique de Rebel rebel (joué par Bowie lui-même, les doigts en sang) ou le symphonique Big brother qui donne naissance à la très hachée ronde de la famille squelettique qui clôt le débat.

Rock’n’roll with me, c’est la facette crooneuse. 1984, c’est la facette soul. We are the dead, sorte de slow sensuel et stressant brille lui aussi, sur son lit d’orgue électrique, feutré et irréel. Ambiance pesante et fascinante, accentuée encore par un son volontairement métallique et froid, mais aussi par la nouvelle utilisation que fait David Bowie de sa voix dont il commence avec bonheur à utiliser les tessitures graves.

Bref, tout pour déstabiliser les rock-critics de l’époque, qui réservèrent injustement un accueil mitigé à cet album, pourtant tellement emblématique de ce qu’est David Bowie : un être en permanente recherche de changement, d’expérience inédite et qui va au bout de ses voyages. Même les plus risqués.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Novembre 2004
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