1 - Mojo pin
2 - Grace
3 - Last goodbye
4 - Lilac wine
5 - So real
6 - Hallelujah
7 - Lover you shouldve come over
8 - Corpus christi carol
9 - Eternal life
10 - Dream brother
Un
seul disque. Dix chansons. La trace que Jeff Buckley a imprimé
sur la route du rock semble bien légère. Mais
son intensité persistante et troublante bouleversera
longtemps pourtant ceux qui auront su sy attarder.
Jeff Buckley était plus quun rocker, plus quun
compositeur, plus quun poète, plus quun chanteur
: cétait un petit ange tendre et solitaire, habité
par la musique quil faisait jaillir autour de lui en grandes
salves émotionnelles.
Scotty Moorhead na rencontré son père quune
fois, en 1975 ; il avait 9 ans. Moorhead cest le nom de
son beau-père, Ron, sympathique mécanicien spécialisé
dans les Volkswagen. Sa mère chérie sappelle
Mary Guibert ; elle est violoncelliste, elle lendort le
soir en lui chantant des chansons des Beatles. Le cerveau de
Scotty ne retient que la musique, ne fonctionne que pour la
musique, traduit tout en musique : dès six ans il se
met au piano et à la guitare. Inadapté au reste,
il décide de marquer son indépendance et récupère
son vrai nom : Jeffrey Buckley, fils de Tim Buckley, poète,
chanteur folk-rock mythique et extrême qui finira overdosé
à lâge de 28 ans. Fini Scotty : Jeff trace
la route, perfectionne sa guitare à Los Angeles, cachetonne
par-ci par-là pour gagner sa vie. Puis il sinstalle
à New York et se produit seul dans les bars (en particulier
un café irlandais, le Sin-é), en reprenant Bob
Dylan, Van Morrison, mais aussi Edith Piaf quil adore...
La maison de disques Columbia finit par repérer ce jeune
rocker atypique, à la voix extraordinaire qui saccompagne
à la Telecaster. Il entrera en studio fin 1993 pour créer
cette perle magique, lalbum Grace, qui sortira lors de
lété 1994, avec sa pochette émaillée
de pendules et de réveils bloqués sur 8h20 (ou
20h20).
Un véritable choc en France (lalbum y sera récompensé
par le très sérieux Grand Prix International de
lAcadémie Charles Cros) puis ailleurs. Dix morceaux
dune intensité, dune fragilité et
dune force émotionnelle bouleversantes : les curs
et les âmes sont chamboulés. Jeff Buckley a extrait
de lui-même quelque chose dextraordinairement beau,
simple, riche et universel. Un album miraculeux, mystique et
profondément humain. Peu de production : des guitares
brutes, vivantes et une voix splendide, dune variété
étonnante mais toujours chargée de sincérité,
dauthenticité et dune pureté presque
irrationnelle.
Écoutez Grace, le morceau-titre au tempo de valse : cest
un joyau de composition et dinterprétation. Écoutez
cette reprise du païen Hallelujah de Léonard Cohen
ou cette céleste version du Corpus Christi Carol de Benjamin
Britten (compositeur classique anglais). Et la hargne soudaine
de Eternal Life. Et cet époustouflant Dream brother qui
ferme la marche. Un enfant du rock digne de ce nom ne peut quen
tomber par terre, rester bouche et oreilles bées et les
yeux embués de larmes.
Et puis Jeff Buckley sest enfermé malgré
lui dans un piège pernicieux : celui du succès,
celui dun système à laffût de
nouvelles stars. Sa maison de disques lembarque dans une
inhumaine tournée de concerts qui durera deux ans et
au cours de laquelle il sépuise. Beau gosse et
artiste à potentiel, il est surexploité, alors
que sa seule ambition reste de gagner juste assez pour vivoter
de sa musique.
Fin 1996, il se remet à la composition et prépare
un album en compagnie de Tom Verlaine. Et il reprend les petits
concerts dans les petits cafés à New York, puis
à Memphis où il sinstalle en mars 1997 pour
peaufiner ses nouvelles chansons.
Jeudi 29 mai 1997 : la journée a été chaude.
Jeff est descendu en soirée (20h20 ?) sur les rives du
Mississipi, avec sa guitare. Il sest jeté dans
leau tout habillé et il a chanté comme un
fou en faisant la planche. La pluie a commencé à
tomber, à verse. Et il riait et il chantait sous les
trombes. "Well its my time comin Im not
afraid / Afraid to die... And the rain is falling and I believe
my time has come / ... And I feel them drown my name / ... /
Im not afraid to go but it goes so slow". Tu avais
lair heureux, tout à coup, Petit Prince. Comme
délivré dun poids, tu nageais, tu chantais,
tu riais. Où allais-tu comme ça ?
Le croisement de deux bateaux a provoqué des vagues et
du courant. On retrouvera le corps cinq jours plus tard.
Sites : hormis le site officiel (supervisé
par la maman de Scotty), il y en a pas mal.
Côté français jaurais tendance à
vous recommander le très complet (on y trouve même
la liste exhaustive du matériel - guitares, amplis, cordes,
micros etc...- utilisé par Jeff Buckley !) et très
sincère (cf. un très touchant et très personnel
texte-hommage ) : buckleyjeff.free.fr