Abattoir blues
1. Get ready for love
2. Cannibal's hymn
3. Hiding all away
4. Messiah ward
5. There she goes, my beautiful world
6. Nature boy
7. Abattoir blues
8. Let the bells ring
9. Fable of the brown ape
The lyre of Orpheus
1. The lyre of Orpheus
2. Breathless
3. Babe, you turn me on
4. Easy money
5. Supernaturally
6. Spell
7. Carry me
8. O children
Wim
Wenders va être content, Nick Cave vient de réussir
un double album qui mérite de le ramener en pleine lumière.
Alléluia !
Voilà un album qui n’arrivera pas à décoller
de vos oreilles pour peu que vous aimiez Nick Cave, son rock
incantatoire et romantique où affluent le sang, la violence
et un lyrisme emprunté à la connaissance de la
Bible.
En même temps, il est vrai que, semblable à d’autres
icônes rock, Nick Cave charrie un tas de clichés
qui lui ressemblent certes (la bible, le lyrisme cités
précédemment), mais qui brouillent son image d’artiste.
Car il s’agit bien d’un artiste. Et qu’est-ce
qu’un artiste, si ce n’est quelqu’un qui passe
sa vie à chercher la forme idéale et parfois la
trouve… L’artiste est un chercheur d’or qui
réussit à choper tout au long de sa carrière
des pépites conséquentes.
La vie d’un artiste est autant faite d’avancées
que de retours sur lui-même pour mieux avancer. Ainsi
Nick Cave, qui avait tendance ces dernières années
à se transformer en fils spirituel de Leonard Cohen.
Son dernier album semblait d'ailleurs proche de la redite.
La marque de fabrique de Cave est une musique échevelée
portée à incandescence en public où le
chanteur s’avère un redoutable performer. Mais,
pour enflammer la foule, il faut garder sa fougue et, compte
tenu du corps humain, cela devient difficile passé la
quarantaine. On a l’âge de ses artères, et
à trop mimer le jeunisme, on devient vite un Mick Jagger,
une caricature de jogger hystérique mais plus du tout
un jeune homme en colère, c’est-à-dire quelqu’un
qui a des choses capitales à dire, mais a le sentiment
que le temps lui est compté.
Cependant, Nick Cave a su se transformer en mélodiste
hors pair. Le grand compositeur romantique du rock. Et là
encore, il faut faire gaffe que la musique inspirée ne
devienne avec l’habitude, rien d’autre qu’une
jolie musique.
Avec ce double album, Nick Cave transcende les défauts
(mineurs) de son précédent opus, range au placard
ses velléités de songwriter respectable et nous
donne à entendre tout simplement le meilleur de lui-même.
À quoi ca tient ? Au départ de Blixa Bargeld,
un des membres fondateurs des Bad Seeds qui accompagnent Cave
depuis des décennies ? Plus certainement, Nick Cave n’est
pas relié 24 heures sur 24 au secret de l’inspiration.
Il la trouve, la perd et la trouve de nouveau.
Un double album donc, ou plutôt deux albums : l’un,
Abattoir blues renouant avec la rage tapie au cœur du poète
; l’autre, The lyre of Orpheus, censé être
plus doux, plus gorgé de ballades. Ce qui frappe à
la première écoute, en effet, est l’énergie
de l’ensemble. Écouter ces chansons revient à
insuffler de l’adrénaline à nos esprits
ratatinés par la venue de l’hiver. Par la suite,
en écoutant et en réécoutant ces titres,
on oublie la séparation en deux albums.
En tout cas, on n’arrive pas à se lasser de ces
chansons. Les textes nous attrapent par le col de la chemise
et la musique nous met en transe ou en intense mélancolie
selon l’option choisie par Nick Cave.
Dans un entretien accordé au journal culturel (20 heures)
d’Arte, Nick Cave affirmait avec un sérieux papal
que son double album était un chef d’œuvre
complètement réussi. On peut juger son propos
prétentieux sur les bords, mais reconnaissons qu’il
a raison.