JEANNE
CHERHAL
Douze fois par an
(Tôt ou Tard - 2004)
1. Un couple normal
2. Les photos de mariage
3. Ça sent le sapin
4. Douze fois par an
5. Le petit voisin
6. Sad love song
7. Super 8
8. Parfait inconnu
9. La station
10. Rural
11. Les chiens de faïence
12. Je voudrais dormir
(en duo avec Jacques Higelin)
RAGNAGNAS
Chroniques du quotidien, bien dans l’air du temps, mais
avec du vrai talent caché dedans. Une sympathique et
jeune artiste à suivre...
Jeanne Cherhal est une grande ficelle de 25 ans qui a déjà
pas mal roulé sa bosse sur les scènes de France,
seule ou en première partie d’artistes plus (Moustaki,
Higelin, Fersen...) ou moins (Delerm, Benabar...) talentueux.
Avec des couettes, en 2003, elle a sorti un
premier disque éponyme enregistré en public.
Avec les cheveux lâchés, elle nous présente
son premier album studio enregistré en compagnie de Vincent
Segal (violoncelle du groupe Bumcello, lui-même émanation
du groupe de M).
Jeanne Cherhal est auteure compositeuse dans la veine très
actuelle des chansons à textes qui égratignent
les petits et gros travers, épinglent les mauvaises tendances
et décrivent avec une certaine acuité les veules
habitudes dans lesquelles le moqueur auditeur est censé
reconnaître ses contemporains. Un peu comme du Delerm
ou du Benabar, mais avec plusieurs différences fondamentales
: Jeanne Cherhal est sympa, elle a du tempérament, un
indéniable talent et surtout, elle sait chanter.
Et comme c’est une fille, elle chante surtout les trucs
des filles. En plus du morceau-titre, il y a aussi une aventure
avec un mec marié qui se décide pas à divorcer,
un choix de photo de mariage dans un catalogue ridicule, les
mecs dans la rue sur qui on flashe mais à qui on se garde
bien de parler de peur d’être déçue,
pas mal de souvenirs d’enfance et d’histoires d’amour
qui font mal... Des extraits de quotidien, tragi-comiques banalités,
très bien vues, souvent drôles, parfois cruelles
et interprétées avec une sorte de gouaille pleine
d’aplomb et de fraîcheur. Avec toutefois le défaut
majeur de ce type d’exercice, à savoir une singulière
absence de poésie, qui réduit la portée
et la "longueur en bouche". Un disque comme ça,
une fois passé le furtif - mais réel - plaisir
de sa consommation, sera sûrement difficile à reprendre
pour réécouter.
Et pourtant, on la sent capable de monter encore d’un
cran ou deux, la Jeanne : elle a de la plume, elle a de la voix,
elle a de l’énergie, elle a du talent mélodique...
On sent au détour de quelques chansons de superbes envolées
prêtes à prendre le vent. On sent qu’avec
encore un peu de temps, en orientant son inspiration vers plus
d’exigence et de profondeur, elle pourrait bien devenir
grande.