Les Paradis Perdus
(Francis Dreyfus Music - 1973/2004)
1. Avec l’expression de mes sentiments
distingués
2. Emporte moi
3. Mama
4. Du pain et du laurier
5. Mickey
6. Les paradis perdus
7. Le temps de vivre
Ferber endormi
Les Mots Bleus
(Francis Dreyfus Music - 1974/2004)
1. Le dernier des Bevilacqua
2. Senõrita
3. C’est la question
4. Les mots bleus
5. La mélodie
6. Le petit gars
7. Drôle de vie
8. Souvenirs
La
réédition de l'intégrale de Christophe
est surtout l'occasion de rappeler à notre bon souvenir
les deux joyaux de sa discographie : Les paradis perdus et Les
mots bleus. Indispensables !
En 1973, Daniel Bevilacqua a 28 ans, déjà dix
ans de carrière et une belle réputation de chanteur
à minettes derrière lui. Il avait à peine
20 ans qu’il criait déjà Aline dans les
hits parades dont il se disputait la première place avec
le Capri c’est fini d’Hervé Vilard. Rocker
patenté passionné de blues, c’est dans la
vague yé-yé qu’il se fait remarquer avec
ses chemises écossaises, ses pantalons de velours et
sa gueule de James Dean des banlieues. Les bagnoles américaines
(Cadillac), les filles en vogue (Michèle Torr) , la frime…
et puis l’oubli.
Une période pendant laquelle ce perfectionniste se consacrera
à la réflexion musicale, à la recherche
de nouveaux sons, de nouvelles pistes artistiques. Une créativité
exacerbée qui va mûrir lentement (l’homme
n’est pas réputé être un rapide…
disons qu’il aime prendre son temps) pour éclater
en feu d’artifice, en deux concept-albums coup sur coup,
deux joyaux de la pop musique, deux perles fines incontournables
des french-seventies : Les paradis perdus en 73 et Les mots
bleus en 74. Musiques de Christophe et textes signés
d’un jeune auteur encore peu connu, un certain Jean-Michel
Jarre (oui-oui, celui qui a mal tourné avec ses grandiloquents
projets rétro-futuristes à succès planétaires).
Et c’est la formule magique, l’identité remarquable
qui tue : (mots de musicien, pleins de sonorités, d’accords
et d’arpèges) x (notes de génie, pleines
de sublimités, d’idées et de profondeur)
= 2 chefs d’œuvres intemporels !
Deux disques enregistrés avec (quasiment) la même
équipe de musiciens, dans le même studio Ferber
à Paris, sous la même houlette du mécène-producteur
Francis Dreyfus et dans le même esprit de cohérence
de bout en bout.
Romantique désabusé, loser fatigué et dépressif,
c’est l’artiste qui se raconte indirectement sur
ces deux fois huit titres, d’une voix alternativement
forte et plaintive, contrastée, touchante. Sa vie de
Dernier des Bevilacqua (extraordinaire épopée
musicale !), avec ses quêtes de tendresse (Emporte moi,
Les mots bleus), ses désillusions (Les paradis perdus,
La mélodie), sa détresse face au temps qui file
(Le temps de vivre, Drôle de vie, Sénõrita),
et ses coups de griffe au système (Mickey) . Et toujours,
sous-jacente, en fil conducteur, la mort (Mama), comme une obsession
au cœur des nappes de synthétiseur ARP qui hantent
les bandes.
Deux disques rares et précieux, habités et en
avance sur leur temps, qui donnèrent lieu à deux
shows exceptionnels et mémorables en novembre 1974, à
l’Olympia, mis en scène par Jean Michel Jarre,
avec piano blanc qui vole et tout et tout. La poignée
de veinards qui y était en parle encore…
Bonne nouvelle : Les paradis perdus et Les mots bleus (ainsi
que l’Olympia de 74) viennent d’être réédités
en CD, dans leur contenu intégral. Un gros défaut
: le non-respect des pochettes originales. Une grosse qualité
: le prix éco, qui doit vous permettre d’avoir
les deux pour le coût d’un. Votre discothèque
vous remerciera.