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     MuSiQueS
 
ERIC CLAPTON
One more car, one more rider
(Warner Music - 2002)

1 - Key to the highway
2 - Reptile
3 - Got you on my mind
4 - Tears in heaven
5 - Bell bottom blues
6 - Change the world
7 - My father's eyes
8 - River of tears
9 - Goin' down slow
10 - She's gone
Cher Eric,

J’ai acheté ton dernier disque, un double Live avec un joli dessin de pochette où un bluesman se retrouve à la croisée des chemins (Crossroads) en plein désert, une voiture non loin de lui.

Eh bien, je dois te dire, mon cher Eric, que c’est sans doute de la seule chose de jolie à trouver dans ton double album. Il s’agit d’un enregistrement sans âme d’une poignée de standards assaisonnés par des requins de studio. Tout est plan-plan et jamais ton fameux jeu de guitare (celui qui t’a fait surnommer God) ne s’élève au-dessus d’un Chris Réa sous Prozac.

J’imagine que cet album te permettra de mettre du beurre dans les épinards. Il alimente en tout cas ton côté Docteur Jekyll et Mister Hyde. D’un côté un homme déchiré par les aventures de la vie (mort des parents, drogue, mort d’un fils, etc.) et qui se ressource dans des compositions à faire pleurer, tellement elles sont douces ou tellement elles permettent à l’esprit de s’envoler. Bref un homme épris de vie et de blues.

De l’autre côté, des albums tiroirs-caisse produits dans les années 80 par un Phil Collins en panne d’inspiration. Des albums où la batterie pétarade autant que les cuivres. Un guitar hero se prostituant pour épater les fameux golden boys de Wall Street immortalisés par Oliver Stone.

Il semble, cher Eric que tu aies constamment hésité entre la recherche des racines et d’une certaine pureté musicale et le désir de plaire au plus grand nombre, c’est-à-dire au bout du compte à personne.

Dans One more car, one more rider, ton dernier opus, rien ne dépasse. À peine quelques titres de blues (Key to the highway, I want a little girl). Sinon les autres titres se traînent comme des tortues. Tu les exécutes avec l’ardeur du cuisinier pelant des patates (Bell bottom blues ou Cocaine).

Le pire, vois-tu, c’est que tes accompagnateurs et notamment Greg Phillinganes aux claviers et à l’orgue Hammond ou Nathan East à la basse plombent ton boulot. Je ne compte pas les titres qui finissent par s’écrouler comme des soufflés, salis par un solo foireux que seuls les amoureux de Star Academy apprécieront parce qu’ils te prennent pour une vieille vedette qu’on applaudit bien fort.

Tu sais, Eric, si je te dis ça, c’est parce qu’au fond je t’aime beaucoup, même s’il s’agit d’amour vache. Il y a quelques années, je suis allé à l’Hippodrome de Vincennes où tu faisais la première partie d’Elton John. Le meilleur moment du concert eut lieu avant qu’il ne commence. Tu vins en milieu d’après-midi répéter et tester le son. Tes improvisations et le laisser-aller de ta guitare, alors que tu ne jouais que pour toi-même, furent des bijoux.

J’attends de toi le meilleur, ce que tu donnes rarement. Mais je te pardonne parce qu’il paraît que tu as récemment réussi un magnifique concert d’hommage à George Harrison, sur la scène du Royal Albert Hall à Londres.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2002
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