MY
CONCUBINE
La tangente
(Happyhome Records/Nocturne - 2004)
1. Comme Knox Johnston
2. Les numéros des beaux salauds
3. La tangente
4. Les sorcières de Salem
5. Divin loser
6. Perdus en hiver
7. Ecoloving système
8. le hasard et la nécessité
9. Ex hippie
10. A vif
11. Maudit petit ange
Une
évidente invitation au voyage par un groupe français
digne héritier des meilleurs anciens, Gainsbourg en tête.
De la pop song de qualité comme on l'aime.
Une invitation aux voyages annoncée dès la pochette,
salle d’embarquement d’aéroport des années
70, rouge, orange, arrondie. Voyages de tous acabits, intérieurs,
marins, aériens, cosmiques, artificiels, au bout de la
rue ou de l’ennui, ils sont solitaires et sans retour
à chaque fois. Onze chansons, onze façons de prendre
la tangente pour trouver mieux ailleurs. C’est presque
un concept album à la gloire des écorchés
de la vie, des losers magnifiques ou tragiques qui regardent
vers l’horizon et vers le ciel.
Comme Knox Johnston (ma préférée), du nom
du premier vainqueur du tour de monde à la voile en solitaire
et sans escale (Golden Globe). C’était en 1969
(année érotique ! On y reviendra). A sa poursuite,
un certain Donald Crowhurst n’arrivera jamais, sombrant
dans la folie et se suicidant en pleine mer, prisonnier de sa
mystification (il avait annoncé des positions imaginaires
pour faire croire qu’il allait gagner, alors qu’il
se laissait dériver tranquillement au large des Açores…
Eh oui, à l’époque, la balise Argos n’était
pas encore inventée !). Incarnation symbolique du loser
épique, ce personnage exhumé par My Concubine,
illustre fidèlement l’ambiance du disque, plein
de mensonges, d’abandons et d’ambitions brisées.
"Les convictions sont plus dangereuses que les mensonges"
disait Nietzsche. Alors, qui sont les vrais perdants ? Et qui
sont les vrais vainqueurs ?
Musicalement très mélodique, cette série
de chansons très inspirées joue de la basse alerte
très en avant, du riff de guitare claire au son d’ampli
à lampes et d’intelligents arrangements de cordes.
Quelques passages plus folk, douze cordes, violon, mandoline
viennent de temps à autre enrichir une palette pleine
de nuances et de variété.
Les textes, profonds, originaux et très bien écrits,
jouent sur les sonorités, les doubles sens et les rejets.
On pense à un Gainsbourg inspirateur derrière
tout ça. On est souvent conforté dans ses flashback
par l’interprétation d’Eric Falce (auteur,
compositeur, chanteur, guitariste du groupe) dont la voix légèrement
couverte évoque pêle-mêle Helno (Négresses
Vertes), Miossec, Souchon et S.G. lui-même. Et quand elle
s’associe à celle (très belle) de Pascale
Kendall dans l’un des nombreux duos du disque, c’est
1969 Bonnie and Clyde ou 1981 Deneuve qui viennent à
la mémoire.
Très accessible, très intéressant, très
agréable et très accrocheur à la fois.
De la vraie bonne pop song comme on aimait, comme on aime et
comme on aimera toujours.