1. Public Service Announcement
2. What More Can I Say
3. Encore
4. December 4th
5. 99 Problems
6. Dirt Off Your Shoulder
7. Moment of Clarity
8. Change Clothes
9. Allure
10. Justify My Thug
11. Interlude
12. My 1st Song
Symbiose
parfaite du White Album des Beatles et du Black Album de Jay-Z,
le Grey Album du génial Danger Mouse est une petite merveille.
Uniquement disponible en téléchargement sur Internet.
Elles ont beau se partager la quasi-totalité du gâteau
de l’industrie du disque, les majors n’ont décidément
rien compris, semble t-il, au business. Entre rejeter la faute
de la baisse des ventes de disque (et donc de leurs profits)
sur le citoyen lambda équipé d’une ligne
adsl et en fustigeant toute démarche artistique utilisant
des sons copyrightés, Universal et ses copines se ridiculisent
chaque jour un peu plus.
Jamais elles n’ont su faire leur autocritique, jamais
elles n’ont su se remettre en question en se demandant
si leurs productions de masses lobotomisantes n’étaient
finalement pas la cause de tous leurs soucis. Démarche
capitalistique avant d’être artistique, les majors
sont en train de s’embourber dans un trou sans fond qu’elles
ont elles-mêmes creusé. Et chaque jour nouveau
d’apporter une preuve nouvelle de leur incompréhension
du système. Dernier exemple en date : Danger Mouse et
son Grey Album.
White + Black = Grey
Artiste américain de très grand talent, signé
chez Lex (un des labels référence en matière
de hip-hop, où sont signés les Prince Po, Sage
Francis et autres Tes), Danger Mouse a réalisé
au début de l’année un de ces albums dont
on reparlera encore dans un demi-siècle : le Grey Album,
mix parfait entre le Black Album de Jay-Z et le légendaire
White Album des Beatles.
J’imagine que tout cela va faire bondir les fans des Fab
Four, les amateurs de pop anglaise et ceux que tout ce qui est
slammé rebute. Pourtant, cela serait une grave erreur,
une impardonnable faute que de passer à côté
d’un des albums 2004.
Bien sûr, entendre la voix de Jay-Z se poser sur la musique
de While my guitar gently weeps déroute la première
fois. Le remix de Glass onions (?) aussi. Tout l’album
interpelle, rend sceptique. Pour autant, après l’écoute
des 12 titres, deux conclusions viennent à l’esprit,
dont découle une troisième : le White Album est
peut-être le meilleur album des Beatles (avec Rubber Soul),
le Black Album de Jay-Z est à réécouter
de tout urgence. Et deux albums de haute tenue ne pouvaient
enfanter qu’un très grand disque.
Ce Grey Album, quoiqu’on en dise est une merveille d’ingéniosité,
de mix, de travail et de production. Danger Mouse a osé
s’attaquer aux génies des années 60 avec
un talent indéniable et une virtuosité à
faire passer bon nombre de ses contemporains comme déjà
has-been.
Retiré des rayons
Si l’idée d’un tel mix est belle, il n’en
reste pas moins que les ayants droits n’ont pas vraiment
apprécié. Si Jay-Z a plutôt aimé
le travail et n’a pas porté plainte contre Danger
Mouse, EMI (propriétaire des droits) a demandé
que l’on retire l’album des rayons (Danger Mouse
n’ayant jamais demandé l’autorisation de
les utiliser).
Après 3000 exemplaires vendus, le Grey Album était
donc retiré des magasins de disques. Pour se retrouver
aussitôt sur Internet et devenir en une journée
l’album le plus téléchargé de l’histoire.
A l’instar de Smile des Beach Boys, The Grey Album entre
donc dans la cour des disques cultes qui n’ont jamais
vu le jour. Sûr qu’on en reparlera dans 50 ans.
Sûr que l’on se réjouira d’écouter
cette symbiose parfaite entre deux grands albums. Sûr
que l’on se souviendra longtemps de Danger Mouse, DJ fou
de musique au talent immense. Et sûr que l’on se
souviendra aussi de EMI et de ses avocats, incapables de concevoir
que la musique a évolué bien plus rapidement qu’eux
et qu’ils ont une bonne dizaine d’années
de retard.