JOSEPH D'ANVERS
Les choses en face
(Atmosphériques - 2006)
1. A contretemps
2. La valse des gens
3. La vie est une putain
4. Pigalle
5. Nos jours heureux
6. Comme un souffle
7. En colimaçon
8. Les amants
9. On reste seuls au monde
10. Les trêves
11. Les autres
12. Paris s’allume sous mes pas
13. La brèche
14. Les cicatrices
Début
plus que prometteur pour le premier album de Joseph d’Anvers
!
L'album était la sélection de janvier sur Fip, un titre
figurera sur la compil "Indétendances" de la Fnac,
4 clés dans Télérama, un article et une place
dans la compilation CQFD offerte aux nouveaux talents par le journal
Les Inrockuptibles. Sélectionné au Fair, organisme d'aide
aux jeunes artistes, on peut dire que ça débute sur
les chapeaux de roue pour un premier album ! Sans parler des festivals
et de la tournée ! Atmosphériques, label entre autres
de Louise Attaque, les Wampas ou Louis Chedid, est derrière
l’artiste ; en studio, à la réalisation artistique,
c’est Jean-Louis Pierot - déjà connu pour ses
collaborations avec Bashung, Daho, Brigitte Fontaine ou Miossec -
qui prend les manettes et ça marche !
Oh, bien sûr, il vaut mieux avoir le moral avant d’écouter
l’album… Car c’est bien le monde de la brèche
et de la cicatrice qui semble intéresser Joseph, souvent seul
ou abandonné dans les rues parisiennes. Mais qu’importe
après tout si Joseph vient nous chanter avec une douce mélancolie
sa solitude. Il se passe des choses… Pas en face comme nous
le clame le titre de l’album, plutôt à l’intérieur.
La voix est fragile, souvent loin devant les instruments et sert de
fil directeur. Et Joseph prend le temps de nous chuchoter ses mots.
Entre pop-rock et parfois dissonances jazz, Joseph vole de confidence
en confidence, en borderline prêt à chuter ou à
s’éteindre d’un moment à l’autre…
Car voilà l’intérêt de cette fragilité,
elle peut s’éteindre ou durer infiniment à la
manière d’une nappe sonore ou simplement de la vie faite
elle aussi de continuité et de chutes.
La voix comme un son. Miossec vient prêter la sienne, énergique
et déraillée, en contrepoint dans La vie est une putain…
Ambiance feutrée ou câline, entre ombre et sourdine,
Joseph cherche à toucher la faiblesse des corps. Il est question
d’amour, de peau caressée, d’absence et de femme.
D’intimité : Joseph enregistre une reprise de souffle
comme un frisson dans Pigalle. Il se "colimaçonne"…
Alors les instruments s’inclinent souvent derrière cette
présence, une façon d’être en accord avec
cette parole urbaine. Les sons se samplent et se transforment. Certains
instruments essaient de revenir en fanfare nostalgique (On reste seuls
au monde), ou comme le violon s’accordéonisent, se Tiersenisent
à l’Amélie Poulain, à renfort de vibraphone
(La valse des gens) et d’arpèges aux pianos, mais la
basse vient rapidement leur rappeler qu’avant et après
le tintamarre il y a toujours le silence et les pauses. Ces interstices
de temps, ces failles, on y revient, qui laissent de la place à
l’imaginaire ou aux notes noires : celles qui ponctuent On reste
seuls au monde, celles du glas à la fin de Paris s’allument
sous mes pas, celles du piano dans Les trêves, ou celles du
souffle d’air électronique qui, lui aussi, prend le temps
de s’éteindre pendant trente secondes dans La brèche.
Il en résulte une diversité de sonorités et de
sons. L’orchestre à cordes de Nicolas Stevens et le quatuor
de cuivres de Serge Plume se fondent admirablement dans les ambiances
vocales. Curieuse alchimie de studio mais si réussie.
Joseph d’Anvers absorbé et pensif, sur une pochette très
graphique, annonce la couleur. Il semble comme protégé
dans sa moumoute à capuche, mais en proie au doute… "Oh
mes anges où êtes vous ?" demande-t-il dans Les
cicatrices. N’ayons plus de doutes, les anges sont là
et ont l’air de lui avoir soufflé dessus ! À l’intérieur
de la pochette, Joseph commence à peine à se dévoiler,
sûr que ses anges nous préparent encore de belles surprises.