MILES
DAVIS QUINTET 1965-1968 (Columbia Legacy/Sony Music - 1998)
6 CD
1. ESP
2. Miles smilles
3. Sorcerer
4. Nefertiti
5. Miles in the sky
6. Filles de Kilimandjaro
CHRONIQUE
D’UNE EPOQUE
Un magnifique coffret qui rassemble l’intégralité
des enregistrements du second quintette de Miles Davis : Tony
Williams, Herbie Hancock, Ron Carter et Wayne Shorter.
Après avoir survolé des années 50, synonymes
de gloires tant commerciales que critiques, Miles se retrouve,
au début de la décennie suivante, dans une période
de net ralentissement. En effet, les composantes de son fameux
sextette, ouvrant l’ère du jazz modal (Kind of
blue), ont volé en éclats. Bill Evans, Cannonball
Adderlay et surtout John Coltrane sont partis explorer leurs
propres voies. De plus, les années 60 voient l’émergence
d’un nouveau courant (la « New thing ») porté
par Ornette Coleman, courant dont Miles Davis ne cessera de
marquer de son mépris.
Pourtant Miles cherche, expérimente diverses formules
et ce n’est qu’en 1965 qu’il arrivera à
monter le groupe idéal. Il s’agit de ce que l’on
appellera le second quintette. Tony Williams à la batterie
(il n’a alors que 17 ans lorsque Miles l’engage
en 1962), Herbie Hancock (piano), Ron Carter (contrebasse) et
Wayne Shorter au saxophone (dernier embauché après
une valse des saxophonistes qui aura duré 3 ans). Ce
quintette sera, 3 années durant, le laboratoire idéal
pour Miles Davis. Ensemble, ils enregistreront six albums que
l’on retrouve dans ce coffret (avec plus d’1h30
d’inédits) : ESP, Miles Smiles, Sorcerer, Nefertiti,
Miles in the Sky, Filles de Kilimandjaro.
Un jazz moderne
Magnifique objet, ce luxueux coffret regroupe donc
tout ce qui a été enregistré par le second
quintette entre 1965 et 1968. Il est agrémenté
d’un livret de plus de 100 pages, où l’on
retrouve l’historique du groupe, de nombreuses photos
ainsi que l’analyse des sessions plage par plage.
Emmené par la virtuosité poly-rythmique de Tony
Williams et les compositions de Wayne Shorter (pour la plupart),
le groupe va jouer un jazz moderne où l’improvisation
modale (dont les jalons ont déjà été
posés par Miles dès 1959 avec Kind of blue) va
être poussée à son paroxysme. Tour à
tour extatique, virtuose, tendue, empruntant certains éléments
à la musique contemporaine sans jamais être atonale,
la musique du quintette se fait le reflet de ces années
novatrices et contestataires. Miles déclarera : «
Tony était le feu, l’étincelle créatrice,
Wayne le concepteur, Ron et Herbie les ancres ».
Une intelligence rythmique et harmonique rare
Miles va déployer ici toute l’étendue
de son talent, « virtuose de la non-virtuosité
», il va ainsi cultiver avec une aisance rare l’art
du silence porté par une sonorité chaude et feutrée.
Son influence va s’étendre sur ses musiciens. Wayne
Shorter va enrichir son discours et lui apporter un certain
lyrisme fait de nuances et de douceurs sans pour autant perdre
de son caractère impromptu fait de contrastes. De ses
débuts couronnés de succès (Watermelon
man), le délicat Herbie Hancock va peu à peu se
détacher de ses réflexes bluesy pour tendre vers
une intelligence rythmique et harmonique rare où, en
peu de notes, il arrive à créer les climats les
plus variés.
Toujours soucieux d’être un créateur-novateur,
Miles se tourne vers les sonorités électriques
des groupes de rock psychédélique et en absorbe
certains éléments. C’est ainsi que la musique
du quintette va évoluer très rapidement avec l’ajout
épisodique d’un guitariste (Joe Beck, George Benson)
et vers l’utilisation quasi systématique par Herbie
Hancock (à la demande de Miles) de pianos électriques
(Wurlitzer ou Fender Rhodes).
Les sessions de Filles de Kilimandjaro sont, quant à
elles, marquées par les premiers changements de line-up
(avec Dave Holland à la contrebasse et le pianiste Chick
Corea). C’est d’ailleurs lors de l’enregistrement
de ces sessions que le quintette se sépare, Miles continuant
pour sa part ses explorations électriques tout en continuant
à changer de personnel (In a silent way, Bitches brew).
Quant à ses anciens compagnons tous ont su développer
(avec plus ou moins de succès) leur style : Tony Williams
créant avec John McLaughlin le premier groupe de jazz-rock
: Lifetime ; Wayne Shorter avec Joe Zawinul fondant Weather
Report (pour le meilleur et surtout pour le pire) ; Herbie Hancock
et ses Headhunter ouvraient la voie du jazz électro avec
20 ans d’avance. Quant à Ron Carter musicien discret
mais des plus efficace, il se « contentera » d’être
le contrebassiste le plus enregistré de l’histoire
du jazz (plus de 500 disques).