DIONYSOS
Monsters in love
(Trema/Barclay/Universal - 2005)
1. Giant Jack’s theme
2. Giant Jack
3. La métamorphose de Mister Chat
4. L’homme qui pondait des œufs
5. Broken bird
6. Miss Acacia
7. Le retour de Bloody Betty
8. Mon nombre est personne
9. I love Liou
10. Lips story in a chocolate river
11. Giant John et le sanglophone
12. Tes lacets sont des fées
13. Old child
14. Monsters in love
15. Midnight letter
16. Neige
Des
monstres à sons. Quel rapport entre le Giant Jack de
Dionysos et le Halloween Jack de Bowie ? Jack, oui. Les monstres,
oui. Et Halloween, aussi. Car Monsters in love et sa pochette
orange-si-trouille ne sont pas sans évoquer cette fête
païenne qui défie la mort par le rêve, la
folie, les cris et la dérision.
Géant de 4 mètre de haut, fantôme à
l’ombre gigantesque d’arbre squelettique au fond
d’un cimetière venteux, Giant Jack est une sorte
d’effrayant passeur qui rend la force de survivre à
ceux qui sont dans le deuil. Il leur prête un bout de
son ombre pour qu’ils s’en fassent une cape glacée
et leur offre des livres pour rêver. Le rêve : la
meilleure arme pour rester vivant.
Mathias Malzieu - leader et chanteur du groupe Dionysos - bouleversé
par le décès de sa mère il y a deux ans,
pour surmonter sa détresse s’est inventé
ce personnage de monstre protecteur. Il lui a donné corps
dans l’écriture concomitante d’un roman (Maintenant
qu’il fait toujours nuit sur toi) et de ce concept-album,
composé en partie au Théâtre de Meknès
au Maroc et produit à Bath (Angleterre) par le mythique
John Parish (connu pour ses nombreuses collaborations avec PJ
Harvey notamment et qui sort lui-même un disque ce mois-ci).
Peuplés d’angoisses, de monstres angéliques,
d’anges monstrueux, de fantômes, de sorcières,
de chats, d’oiseaux… les seize morceaux sont chacun
une petite histoire à part entière où la
poésie naïve et inventive de Dionysos s’exprime
avec la patte unique qu’on lui connaît. Une variété
de thèmes liés par le fil conducteur du Giant
Jack, qui s’expriment sur les musiques débridées
et très originales propres à cette formation unique
dans le paysage musical français.
Chanson façon crooner, punk-rock saturé, quatuor
à cordes, illustrations sonores cinématographiques,
ambiances d’un autre temps à base d’ukulélé,
épopées country western, folk… tout ceci
s’enchaîne avec bonheur, surprise et énergie,
sans transition, pour s’achever sur une émouvante
Midnight letter susurrée de l’au-delà et
un splendide Neige ("Allez neige, tombe comme avant…
Come home little mama. Come home little bird. Don’t stay
alone in the rain“), bouleversante conclusion pleine de
force et d’espoir*.
Une formidable réussite, passionnante, pleine de sincérité
et de profondeur : Dionysos s’affirme fermement comme
une valeur majeure de la scène hexagonale…et au
delà !
* On laissera de côté l’anecdotique
"plage cachée" style tahitien qui émerge
au bout du bout.
PS : Dommage que le single choisi pour passer
à la radio (le gentillet Tes lacets sont des fées)
soit le morceau le moins caractéristique de l’album…
PPS : Dans l’édition limitée,
en rayons actuellement, un DVD bonus plein de séquences
passionnantes pour peaufiner sa connaissance du groupe (notamment
un documentaire sur l’enregistrement de l’album,
mais aussi un concert intégral de 2004 et l’inoubliable
Song for Jedi aux victoires de la musique 2004 - avec cassage
des lunette à Delarue en direct).