DIRTY PRETTY
THINGS
Waterloo to anywhere
(Vertigo/Mercury - 2006)
1. Deadmood
2. Doctors and dealers
3. Bang bang youre dead
4. Blood thirsty bastards
5. The gentry cove
6. Gin & milk
7. The enemy
8. If you love a woman
9. You fucking love it
10. Wondering
11. Last of the small town playboys
Carl
Barât peut-il prendre son envol sans Pete Doherty ? La réponse
est trois fois oui, et ce classieux Waterloo to anywhere des Dirty
Pretty Things, en forme de vaste "fuck off", en fournit
l’infaillible preuve…
Promis, juré, on évitera ici de faire des parallèles
(non avenus) entre Carl Barât et Pete Doherty, Carl Barât
et les Libertines, Dirty Pretty Things et Babyshambles,
etc. Parallèles qui, - est-il utile de préciser ? -
alimentent bien assez les feuilles de chou en ce moment, du style
"Pete, bla bla bla, Pete, bla bla bla, Doherty, bla bli burp
!", alors que ce dont on est censé y deviser, c’est
des Dirty Pretty Things et de rien d’autre ! On craint que les
inconduites de Pete ne viennent gâcher la sortie de l’album
des chiens toxiques de Carl, pourtant si passionnants… Faisons
donc acte de clémence envers Carl et parlons uniquement de
son nouveau groupe - car il s’agit bien de ça, une histoire
de potes -, Dirty Pretty Things.
Adoncques, Carl Barât est dignement entouré de son fidèle
cogneur de fûts Gary Powell, d’un bassiste subtilisé
à Cooper Temple Clause (Didz Hammond), ainsi que d’Anthony
Rossomando, guitariste intermittent des Libertines l’année
dernière, lorsque Pete décida de jouer le funambule
au pays des drogues dures. Quelques sessions d’enregistrements
plus tard, entre l’Ecosse et les USA, avec le producteur Dave
Sardy (Dandy Warhols, Oasis) et voilà nos DPT prêts à
tout faire péter au pays de la reine épinglée
des Pistols. Cette dernière référence n’est
pas du tout fortuite, ce disque étant un vaste Anarchy in the
UK, braillard, indiscipliné, désespéré,
cohérent, jamais ennuyeux.
Ca commence sur les chapeaux de roues avec Deadwood, boule de nerfs
cockney, rudoyée par des guitares hurlantes et une voix aristocratique
bien décidée à en découdre. Le refrain,
lui, est inoubliable et colle comme un malabar. Les Jam (sur Deadwood),
les New York Dolls (sur You fuckin’ love it), les Beatles (sur
Bang bang), les Specials (sur The gentry cove) sont tour à
tour convoqués, si ce n’est carrément invoqués.
Bang bang you’re dead, le single, pille allègrement à
McCartney, à moins que ce ne soit à Paul Weller, on
ne sait plus trop.
On ne sait plus trop car Barât a le don de transformer en or
tout ce qu’il touche, fort d’une patte déjà
bien affirmée. Certes, on sent le bonhomme tituber, achopper,
mais il se relève aussitôt, classe et indomptable, à
l’instar du dernier titre Last of the small town playboys, incluant
des couplets crémeux et fuzzy, plombés par une mélodie
pleine de spleen, puis -magie de la progression modale ?- le refrain
se transforme en joyeux capharnaüm : tout à trac, au revoir
tristesse et bonjour fébrile insouciance ! Dans les 60’s,
seul Ray Davies était autorisé à faire ces tours
de passe-passe plutôt habiles, façon Sunny afternoon.
Bref, on ne compte plus les trésors de cet album garage-pop,
gorgé de soli bancals, de duels guitaristiques et de refrains
bombastiques. Tout le fabuleux héritage du rock anglais est
revisité, des mods aux punks, en passant par les figures tutélaires
de la britpop (Pulp, Oasis, Blur). Clairement, Carl est un grand,
un excellent songwriter et signe hymne sur hymne sans tiquer (The
gentry cove et son rythme chaloupé ; Gin and milk, jouée
bille en tête et avec un désespoir tout Buzzcocksiens
; You fuckin’ love it, violente et élégante).
C’est une certaine image de la musique électrifiée,
romantique, mélancolique et farouchement anglaise qui nous
est donnée à voir sur ce Waterloo to anywhere. En somme,
une belle leçon d’intégrité d’un
ancien Libertin au cœur décousu et lacéré
de mille repentirs et de mille craintes. A un moment donné,
Carl ânonne ceci "No one gives a fuck about the values
I’d die for" (Gin and milk), et c’est juste très
beau. En plus, des valeurs, il en a. La première d’entre
elles ? L’honnêteté.