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     MuSiQueS
 
EELS
Blinking lights and other revelations
(Polydor - 2005)

CD 1
1. Theme from blinking lights
2. From which I came/A magic world
3. Son of a bitch
4. Blinking lights (for me)
5. Trouble with dreams
6. Marie floating over the backyard
7. Suicide life
8. In the yard, behind the church
9. Railroad man
10. The other shoe
11. Last time we spoke
12. Mother Mary
13. Going fetal
14. Understanding salesmen
15. Theme for a pretty girl
that makes you believe god exists
16. Checkout blues
17. Blinking lights (for you)

CD 2
1. Dust of ages
2. Old shit/New shit
3. Bride of theme from blinking lights
4. Hey man (now you're really living)
5. I'm going to stop pretending
that i didn't break your heart
6. To lick your boots
7. If you see Natalie
8. Sweet li'l thing
9. Dusk : a peach in the orchard
10. Whatever happened to soy bomb
11. Ugly love
12. God's silence
13. Losing streak
14. Last days of my bitter heart
15. The stars shine in the sky tonight
16. Things the grandchildren should know
Un double album "concept" en forme d’autobiographie dans lequel E se confie comme à de vieux amis : l’enfance, l’amour, la vie, la mort. Magnifique.


Il vient de loin ce double album. D’un irrépressible besoin d’exorciser une vie marquée par les drames. D’une nécessité absolue de dire le malheur qui frappe avec acharnement le destin d’un homme, Mark Oliver Everett, dit E. Entamé à l’époque du deuxième album de Eels (Electro-shock blues - 1998), Blinking lights and other revelations est une véritable thérapie qui aura permis à l’homme-orchestre du "groupe" d’exorciser ses démons et d’honorer ses chers disparus (cancer de sa mère, suicide de sa sœur, accidents d’amis…). Mais pas seulement.

Car ce sixième album est surtout un pur chef d’œuvre. Le roman d’une vie en trente-trois chapitres (à moins qu’il ne s’agisse d’autant de courts-métrages), en trente-trois pop-songs parfaites, mêlant perversement mélodies soyeuses et textes tragiques. Fleurs vénéneuses ou plutôt hypnotiques points lumineux, ces "blinking lights" n’en finissent pas d’envoûter leurs auditeurs attentifs. À grand renfort de détails anodins et de souvenirs (très) personnels (une pluie d’orage, une longue maladie, un amour enfui, un coucher de soleil, la perte d’un proche…) E nous entraîne dans un univers musical sensible qui devient très vite le nôtre.

À force de ritournelles entêtantes, tantôt acoustiques, tantôt électriques, et de collaborations prestigieuses (Tom Waits, Peter Buck), Blinking lights and other revelations se transforme en expérience intime qui, par son universalité, parle au cœur du plus grand nombre. C’est que, passés le thème d’ouverture (qui vient régulièrement ponctuer le propos) et un premier titre empreint de l’optimisme béat de l’innocent nouveau-né (From which I came/A magic world), les choses (de la vie) se gâtent rapidement : Son of a bitch, Marie floating over the backyard, Suicide life… viennent nous rappeler à propos que la vie de E n’est pas un long fleuve tranquille.

On ne se lasse pourtant pas une seconde d’explorer cette somme, sorte d’album-concept dont le thème serait la vie de son auteur. Pas comme on épie par le trou d’une serrure le malheur des autres, mais bien comme on compatit sincèrement à la douleur d’un proche qui nous confie ses malheurs de sa belle voix grave, avec un fatalisme pudique, sans gémir ni se plaindre. Alors, plutôt que de détourner la conversation, on remplit à nouveau les verres, on remet une bûche dans la cheminée et on encourage E à nous raconter tout ça une fois encore. On sait qu’il ne se fera jamais prier et ça tombe bien puisqu’on adore ça…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Juin 2005



Site officiel : www.eelstheband.com
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