1. Agneau glacé
2. Mauvaise étoile
3. Comme disait l'ami Johnny Rotten
4. Montevideo blues
5. La nuit
6. Faye Dunaway
7. Encore un verre
8. La houle
9. Je n'en ai plus pour très longtemps
10. Un jour mon prince viendra
11. Sunday Marine
Une
présentation du plus flamboyant des journalistes rock d’ici
est en ligne, en sus d’une interview de derrière les
fagots, rubrique Rencontres.
Allons donc droit au but… A quoi ressemble cet album de Patrick
Eudeline ? A un chef-d’œuvre, simplement. Quelque part
entre Gainsbourg, Daniel Darc, Joe Meek et Johnny Rotten. Indispensable.
Un disque d’apparat, orgiaque et désespéré
qui surfe sur les obsessions du bonhomme… De Joe Meek (cette
reprise sous acide d’Un jour mon prince viendra) à Phil
Spector (cette surenchère d’arrangements baroques et
monumentaux signés Eudeline, auxquels viennent s’ajouter
des guitares dézinguées ou hurlantes comme sur le blues
blanc Montevideo) en passant par Gainsbourg (cette gouaille exacerbée
toute parisienne, entre classe et graveleux) ou le disciple Daniel
Darc (qui partage d’ailleurs chœurs et couplets avec Patrick
sur l’immense Comme disait l’ami Johnny Rotten).
Enregistrées à l’ancienne, ces chansons sont authentiques,
racées, il est difficile de ne pas reconnaître, et ce
dès les premières mesures du très Motown/Girls-groups
Agneau glacé, le supplément d’âme, le truc
en plus qui fait que cet album, beau et étrange à la
fois, sonne comme aucune autre production actuelle. Tendez donc une
oreille à ces cordes boisées et délicates, cette
voix profonde, malade et burinée, tout est proprement obsédant,
hypnotique… Vrai, en un mot.
Sunday marine, chanson en hommage à la province ("Il y
a quelque chose dans ces villes du Nord, de plus fort, de plus fort
que la mort") fait figure de climax bouleversant et cotonneux,
impressionnant de justesse et de fébrile poésie façon
Baudelaire ou Nerval. Une poésie qui se consume et vacille
comme une flamme dans la nuit. A l’image même du personnage,
Eudeline dans son corps d’adolescent qu’on imagine agrippé
au micro, les yeux révulsés, hurlant au manque de narcotiques
sur Montevideo à la manière de Lennon (et son cri primal)
sur Cold Turkey ou ânonnant d’une voix hésitant
entre Gainsbarre et Rotten (La houle, chanson apocalyptique et dévastée
sur laquelle apparaissent le clavier et le batteur d’AS Dragon).
Ce mirifique album est un précieux écrin regorgeant
de gemmes (onze au total) et de trésors rococo qui ne peuvent
nous laisser de marbre. Ces litanies aigres-douces n’attirent
pas seulement notre attention et nos esgourdes, elles nous happent
et nous projettent sur son bateau ivre et impétueux, sur ses
flots argentés, dans ses volutes bleues Gitanes, sous son alcôve
de bronze et d’ébène… Dans un monde fantastique
où les fantômes liturgiques de Lewis Carroll, Edgar Allan
Poe, Dorian Gray et Serge Gainsbourg ratiocineraient dope, femmes,
mort… Ou pire, vieillesse !