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     MuSiQueS
 
PATRICK EUDELINE
Mauvaise étoile
(2006)

1. Agneau glacé
2. Mauvaise étoile
3. Comme disait l'ami Johnny Rotten
4. Montevideo blues
5. La nuit
6. Faye Dunaway
7. Encore un verre
8. La houle
9. Je n'en ai plus pour très longtemps
10. Un jour mon prince viendra
11. Sunday Marine
Une présentation du plus flamboyant des journalistes rock d’ici est en ligne, en sus d’une interview de derrière les fagots, rubrique Rencontres. Allons donc droit au but… A quoi ressemble cet album de Patrick Eudeline ? A un chef-d’œuvre, simplement. Quelque part entre Gainsbourg, Daniel Darc, Joe Meek et Johnny Rotten. Indispensable.


Un disque d’apparat, orgiaque et désespéré qui surfe sur les obsessions du bonhomme… De Joe Meek (cette reprise sous acide d’Un jour mon prince viendra) à Phil Spector (cette surenchère d’arrangements baroques et monumentaux signés Eudeline, auxquels viennent s’ajouter des guitares dézinguées ou hurlantes comme sur le blues blanc Montevideo) en passant par Gainsbourg (cette gouaille exacerbée toute parisienne, entre classe et graveleux) ou le disciple Daniel Darc (qui partage d’ailleurs chœurs et couplets avec Patrick sur l’immense Comme disait l’ami Johnny Rotten).

Enregistrées à l’ancienne, ces chansons sont authentiques, racées, il est difficile de ne pas reconnaître, et ce dès les premières mesures du très Motown/Girls-groups Agneau glacé, le supplément d’âme, le truc en plus qui fait que cet album, beau et étrange à la fois, sonne comme aucune autre production actuelle. Tendez donc une oreille à ces cordes boisées et délicates, cette voix profonde, malade et burinée, tout est proprement obsédant, hypnotique… Vrai, en un mot.

Sunday marine, chanson en hommage à la province ("Il y a quelque chose dans ces villes du Nord, de plus fort, de plus fort que la mort") fait figure de climax bouleversant et cotonneux, impressionnant de justesse et de fébrile poésie façon Baudelaire ou Nerval. Une poésie qui se consume et vacille comme une flamme dans la nuit. A l’image même du personnage, Eudeline dans son corps d’adolescent qu’on imagine agrippé au micro, les yeux révulsés, hurlant au manque de narcotiques sur Montevideo à la manière de Lennon (et son cri primal) sur Cold Turkey ou ânonnant d’une voix hésitant entre Gainsbarre et Rotten (La houle, chanson apocalyptique et dévastée sur laquelle apparaissent le clavier et le batteur d’AS Dragon).

Ce mirifique album est un précieux écrin regorgeant de gemmes (onze au total) et de trésors rococo qui ne peuvent nous laisser de marbre. Ces litanies aigres-douces n’attirent pas seulement notre attention et nos esgourdes, elles nous happent et nous projettent sur son bateau ivre et impétueux, sur ses flots argentés, dans ses volutes bleues Gitanes, sous son alcôve de bronze et d’ébène… Dans un monde fantastique où les fantômes liturgiques de Lewis Carroll, Edgar Allan Poe, Dorian Gray et Serge Gainsbourg ratiocineraient dope, femmes, mort… Ou pire, vieillesse !


Gabriel Péreira
© Jowebzine.com - Avril 2006



Patrick Eudeline sur My Space: www.myspace.com/eudeline
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