MARIANNE
FAITHFULL
Before the poison
(Naïve - 2004)
1. The mystery of love
2. My friends have
3. Crazy love
4. Last song
5. No child of mine
6. Before the poison
7. There is a ghost
8. In the factory
9. Desperanto
10. City of quartz
Faithfull
ne veut plus dire "pleine d’espoir", mais douleur
et tristesse face à un monde qui se désagrège.
Magnifiquement entourée, la belle Marianne nous distille
un poison profond et bouleversant.
Question : Est-ce qu’on peut se sortir indemne d’être
une descendante directe du chevalier Léopold von Sacher-Masoch,
écrivain autrichien, chantre du plaisir dans la douleur
(communément appelé masochisme) ?
a) Sûrement que non, si on se réfère à
la première moitié des quarante ans de parcours
artistique de Marianne Faithfull, émaillée de
tumultes amoureux, de frénésie sexuelle et d’expériences
extrêmes, autodestructrices, dont elle s’est miraculeusement
sortie vivante. Survivante, peut-on même dire.
b) Sûrement que oui, quand on constate aujourd’hui
la pêche et l’inspiration de cette jeune et belle
grand-mère de 58 ans, la qualité de ses choix
musicaux et l’aura dont elle jouit toujours auprès
d’un public multi-générationnel (n’essayez
même pas de trouver une place pour le concert du 20 novembre
prochain au Casino de Paris…).
Icône des années 70, Madame Faithfull est encore
aujourd’hui citée comme référence
par une myriade d’artistes de premier plan (Beck, Billy
Corgan, Etienne Daho…), impressionnée par son immense
talent d’interprète. Car c’est la sa force
à Marianne : sa voix et l’intensité, la
profondeur qu’elle met dans l’expression donnent
systématiquement une dimension bouleversante aux chansons
qui passent par son larynx noduleux (1). Alchimiste de génie,
elle ferait d’un titre de Frédéric François
un truc pas possible à vous donner des frissons partout.
Alors quand il s’agit de morceaux écrits par ou
avec le gratin du rock, depuis quarante ans …
Et ça continue avec ce nouvel album dans lequel deux
anciens amants maudits, Nick Cave et P.J.Harvey, se partagent
la grande majorité des collaborations (en plus du Blur/Gorillaz
Damon Albarn sur la splendide Last Song et de Jon Brion sur
la très émouvante petite valse triste finale,
au piano-jouet). Nick Cave, qui a sorti le grand jeu : des ballades
mélancoliques imparables, mélodies délicates
et ensorcelantes, avec violon pleurant au bruyant Desperanto,
avec saxo grinçant et chœurs fantomatiques. P.J.Harvey
qui est venue avec ses musicos à elle et le son dépouillé,
brut de guitare du très récent Uh
Uh Her, omniprésente, en osmose totale avec la grande
Marianne qui, comme à son habitude, sublime des chansons
pleines de force, de cœur et d’âme. Le tout
dans une ambiance pleine du pessimisme ambiant, qui suinte des
beaux textes sombres à l’adresse d’un monde
en mauvaise passe.
(1) Inconditionnelle de Billie Holiday, son modèle, Marianne
Faithfull n’a cependant pas toujours eu ce caractéristique
timbre goudronné. On peut notamment entendre la très
fraîche et très étonnante voix de rossignol
de ses débuts dans une adorable version de Plaisir d’amour,
datant de 1965, figurant sur l’excellent The
David Whitaker Songbook.