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     MuSiQueS
 
ON DIRAIT NINO
Hommage à Nino Ferrer
(ULM/Universal - 2005)

1. J.P.Nataf - Oh ! Hé ! Hein ! Bon !
2. -M- Je vends des robes
3. Alain Bashung - Le sud
4. Miossec - Chanson pour Nathalie
5. Cali - La rua Madureira
6. Arno - Mirza
7. Tété - Mon copain Bismarck
8. La Grande Sophie - Je veux être noir
9. Art Mengo - La maison près de la fontaine
10. Fabien Martin - Riz complet
11. Helena - Le téléfon
12. Daniel Darc - Rondeau
13. Fabio Viscogliosi - Un anno d’amore
14. Venus - The south
15. Autour de Lucie - La rua Madureira
Entre tristesse, nostalgie et profond respect, un très bel hommage de la scène française à Nino Ferrer qui nous a quitté depuis bientôt sept ans.


Comme un enfant fait des bêtises pour se faire remarquer, Nino Ferrer a du faire le fanfaron pour qu’on fasse attention à son travail artistique. Ce sensible utopiste, après quelques essais infructueux dans la chanson romantique, devra se contraindre à faire le rigolo avec Mirza, Oh Eh Hein Bon et Le téléfon pour que le public le distingue. Sur un tempo rythm’n’blues très percutant (Je veux être noir, scandait-t-il !), les paroles complètement et gratuitement absurdes (et non surréalistes comme ont pu analyser quelques intellos) ne sont utilisées que pour l’impact rythmique de leurs sonorités (Mon copain Bismarck est à ce titre un modèle du genre). On est en 1966, il a 32 ans et ce brusque et lucratif succès le propulse dans l’univers du show-business dont il goûtera avec morgue les délices avant de rapidement le rejeter.

J.P. Nataf nous donne ici une sympathique version à la McCartney-Ram, révélant au titre une dimension plus tendre que l’original. Jetons un voile pudique sur la catastrophique prestation de Arno, pour saluer l’excellente reprise de Tété, alerte, enlevée, très personnelle et très respectueuse de l’esprit en même temps. Bravo ! Après ça, la Grande Sophie nous envoie quelque chose d’honnête sans plus dont elle a le secret. Pareil pour Héléna dont le cocon ouaté manque un peu de folie Wattée.

Un premier tournant en 1969 pour Agostino Ferrari (il était italien, issu d’une noble famille génoise) qui utilise en transition le super-45t-4 titres Je vends des robes (toujours basé sur des énumérations à n’en plus finir, mais moins loufoque, façon fin de série) pour placer une belle chanson romantique triste, La rue Madureira, sur un air de bossa-nova.

-M-, le roi des arrangements seventies, réussit à emballer la fripe avec talent et originalité (dommage que la voix… enfin, disons, vivement qu’il mue le petit Mathieu…). Et côté Brésil cohabitent ici deux tentatives très différentes. Autour de Lucie, dans le classique fidèle au modèle d’origine, réussit sa mission sans gros danger. Cali, quant à lui, est en option tous risques dans sa version lente et appuyée, piano contrebasse ; emphatique mais finalement empreint d’une certaine émotion (à saluer d’autant plus que je déteste généralement ce que fait Cali).

Déçu par le milieu, irrité par la société, Nino Ferrer devient caustique et décide de ne plus déroger à sa seule ambition : "Faire la musique que j’aime avec les gens que j’aime". Il se retire dans le Sud-Ouest et travaille sur des albums élaborés en compagnie d’un guitariste anglais, Mickey Finn. Albums ambitieux d’où n’émergeront que quelques (gros !) succès en singles (extraits du contexte), ce qui le désolera et achèvera de conforter sa haine du système. Ainsi les énormes tubes La maison près de la fontaine tiré en 1971 de Métronomie, Le sud en 1974 (seul titre en français de l’anglophone album Nino and Radiah) et Chanson pour Nathalie extrait en 1976 du disque Suite en œuf.

Belle contribution offerte par Art Mengo, proche du moule, un accordéon à la place de la trompette. Côté Sud, rien de bien convaincant, entre la version english de Venus (à noter que ce morceau était dans cette langue à l’origine) gentillette mais sans grand relief et la version frenchie, lourde et enrhumée d’un Bashung très peu inspiré. Ce qui n’est pas le cas de Miossec qui nous fait ici quelque chose de vraiment excellent, richement orchestré, à deux voix. Bravo !

De plus en plus indépendant, Nino Ferrer n’a plus de maison de disque. Il se consacre à la peinture et sur des petits labels, il continue de produire des chansons. Il part en tournée avec Higelin. Il fait du cinéma (le fantastique Litan de Mocky). Nouvelle déconvenue avec l’album Ex-Libris, en 1982, qui ne rencontrera pas le succès qu’il méritait. Il contient pourtant de belles choses, notamment le nostalgique Rondeau sur un texte de Pierre Ferrari, son père à qui il est dédié et Riz complet, sorte de Poinçonneur des lilas à la sauce écolo.

Magnifique interprétation, fragile et recueillie de Daniel Darc, le badaud sur le pont qui susurre, au fil de l’eau, mes jours s’en vont. Et voilà Fabien Martin qui transforme en tube un morceau confidentiel sur l’ennui et l’envie d’ailleurs : une des plus belles réussites de la compilation ! Bravo !

L’un des derniers disques de Nino Ferrer s’intitule La désabusion, en 1993. Désabusé et sans illusion, il vit entouré de ses amis et de sa famille (Kinou sa femme, Pierre et Arthur ses fils et sa mère Mounette) dans sa bastide de Lataillade près de Montcuq dans le Lot. En juillet 1998 il est très affecté par la disparition de sa mère. Le 13 août, on le retrouve dans un champ de blé : avec son fusil de chasse, il s’est tiré une balle dans le cœur.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Avril 2005



Site à visiter absolument : www.nino-ferrer.com
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