THOMAS
FERSEN
Le pavillon des fous
(Tôt ou Tard 6 2005)
1. Hyacinthe
2. Zaza
3. Pégase
4. Mon iguanodon
5. Le tournis
6. Je n’ai pas la gale
7. Mon macabre
8. Maudie
9. La chapelle de la joie
10. Ma rêveuse
11. Cosmos
Le
nouvel album de Thomas Fersen poursuit sa quête du bestiaire
parfait dans un album moins brillant, mais plus personnel et
attachant que les précédents.
Il y a quelques années, un fan a créé un
site sur Thomas Fersen (www.fersen.free.fr
- non officiel) : il y a inclus une amusante rubrique intitulée
"La ménagerie" où se trouvent listés,
album après album, tous les animaux qui peuplent irrémédiablement
les chansons du gros Thomas. Car c’est plus fort que lui.
Il a bien essayé de tuer le cochon en orientant vers
la bouffe sa Pièce
montée des grands jours en 2003 (et en posant en
pochette avec la tête du porc - mort, a priori - sur les
genoux), mais non. Tel un Jean de La Fontaine des temps modernes
(la morale moralisatrice en moins), Thomas Fersen n’arrive
pas à se séparer du bestiaire qui lui colle à
la peau et se renouvelle au fil des chansons. Il paraît
que ça l’agace. Pas nous. Et au Pavillon (de chasse)
des fous, on a capturé oiseau, caille, chienne, chat,
papillons, iguanodon, insectes, calamar, serpent, python, dragon,
chatte, crabe, chien, gale, ch’val, vautours, souris,
chèvre, poulet, mouches, huître et scarabée.
Une belle collection, encore ! (et me dis pas merci surtout,
le gars du site… j’ai fait ton boulot !).
Mais l’animal dont il est question derrière tout
ça, c’est le plus bizarre de tous. Le plus dangereux,
le plus attendrissant, le plus imprévisible. L’homme.
L’homme et sa folie, avérée, médicale,
présente, passée, à venir : tous les hommes
vivent dans l’angoisse de cette folie qui leur pend au
nez. Tous, sauf les rêveurs et les poètes qui savent
la faire fructifier pour la montrer au monde sous son meilleur
jour. Trenet, le fou chantant, a désigné Higelin
pour héritier. Preuve qu’il ne connaissait pas
Fersen. La façon incomparable qu’il a de faire
sonner les mots - même les plus incongrus - entre eux.
La façon totalement débridée qu’il
a d’aborder les thèmes et d’y introduire
de tout petits ingrédients qui touchent juste, précis,
dans le mille. Et toujours avec un air de pas y toucher, un
sens de la nuance, une malice et une intelligence… Ah,
Thomas Fersen, quel beau porte-parole pour les fous de tous
poils !
Dans un climat musical plus brut (guitare-basse-batterie-harmonica-orgue),
loin des splendides enluminures Racaille des albums Le jour
du poisson et 4, Thomas Fersen se montre plus sombre qu’à
l’habitude. Car si la folie est parfois drôle, parfois
belle, elle est aussi cruelle, angoissante et souvent fatale.
La galerie en onze tableaux qui défile sous nos oreilles
est édifiante : géant baveux, pervers, simplet,
contemplatif, niais, sadique, illuminé, aliénée…
tous ces hommes et ces femmes ont le tournis, perdent pied,
s’étalent, se relèvent, lamentables et touchants
à la fois. Thomas Fersen nous les présente de
façon magistrale, expert dans l’art de suggérer
sans se moquer jamais. Un disque moins brillant que ceux cités
plus haut mais peut être plus personnel, plus profondément
humain et qui devrait donner quelque chose d’exceptionnel
en concert . Car Fersen et scène, ça rime pas
pour rien, croyez moi !