BRIGITTE
FONTAINE
Rue Saint Louis en l’île
(Virgin Music - 2004)
1. Betty Boop en août
2. Sous 200 Watts
3. Rue Saint-Louis en l’île
4. La veuve Clicquot
5. Fréhel
6. Le voile à l’école
7. Mado
8. La chanson de Simone
9. Le nougat
10. Et cetera
11. Eloge de l’hiver
12. Le grand jamais
13. Folie
14. L’homme à la moto
FONTAINE,
JE BOIRAI DE TON EAU
Brigitte est folle, hi hi hi ! Que c’est drôle,
que c’est joli…
À peine remis de notre merveilleux voyage à Kékéland,
en 2001, c’est plus classiquement rue Saint-Louis en l’île
à Paris que nous devons nous rendre aujourd’hui
pour étancher notre soif à la Fontaine magique
qui, dit-on, a repris son débit de poésie miraculeuse.
On l’aime tellement qu’on y court, rue Saint-Louis
en l’île. Brigitte et Areski habitent là,
tout près de Georges Moustaki, dans les murs où
Astor Piazzola a composé autrefois. Brigitte n’en
bouge presque pas. Ses vacances, elle va les passer chez ses
amis du quartier où elle aime aller s’installer
pour une petite sieste. Puits de poésie en tout genre,
Brigitte Fontaine, grande prêtresse de la chanson et de
la langue française. Elle joue des deux avec un brio
et une délicatesse malheureusement trop souvent masqués
par quelques extravagances qui la font passer pour plus folle
qu’elle n’est. Elle finit par souffrir de ce rôle
de déjantée qu’on aime lui fait jouer -
avec son plein consentement bien souvent, soyons honnêtes
! - et règle ses comptes dans Folie, en fin d’album,
morceau très personnel, d’une amère profondeur,
pleine de souffrance et d’avertissements ("Scribouillard
qui chies ta copie, comprends-le, c’est ça ma folie").
Dont acte… Ce qui ne l’empêche pas d’enchaîner
dans la foulée avec un (très dispensable) Homme
à la moto, complètement déstructuré
(mais assez téléphoné quand même),
dans une interprétation quasi-psychiatrique.
Brigitte, ton nouvel album est splendide. D’une finesse,
d’une drôlerie, d’un romantisme, d’une
richesse, d’une érudition, d’une variété
fascinants. Paroles, musiques, interprétation atteignent
un niveau émotionnel extraordinaire. Mais trois passages
agaçants l’empêchent d’être le
chef d’œuvre absolu qu’il méritait d’être.
Hormis celui qu’on vient de citer (Biker ô combien
rabâché depuis Edith Piaf !), que viens-tu te mêler
aussi maladroitement des vils débats de société
(Le voile à l’école) et surtout, est-ce
ta maison de disques qui t’a obligée à reprendre
ce délirant bijou de Nougat en duo (trio !) avec les
chanteurs de Zebda ? Hein, avoue-le : c’est pour le sortir
en single, parce que c’est plus vendeur comme ça
? Mais la version originale était parfaite ! Celle-ci
est ratée. Et ça m’énerve.
Alors je préfère me concentrer sur les onze perles
rares, aux arrangements raffinés, chacun dans son genre,
de l’électro-tango du Gotan Project aux fines distorsions
de M, de l’omniprésence d’Areski aux fantômes
des poètes du XXe siècle, de la déconne
au spirituel, des cordes sensibles au piano solo, autant d’écrins
à la passion des sentiments d’une artiste hors
normes dont la seule folie est d’ouvrir toujours un peu
plus son cœur plein de tourments et d’angoisses refoulés.