1. Château intérieur
2. La Métro
3. Cul Béni
4. Elvire
5. La nacre et le porphyre
6. Barbe à papa
7. Mendelsohn
8. Les babas
9. Ex paradis
10. La viande
11. Mister Mystère
12. Noces
Libido
est etiam cupiditas et amor in commiscendis corporibus* (Spinoza)
Sur un lit de musique de chambre fin dix-neuvième se prélassent
et s’entrelacent des mots, des vers, splendides, sensuels, envoûtants.
Ambiance romantique et délicatement perverse autour du désir,
alias libido.
Libido sciendi (désir du savoir), libido dominendi (désir
de domination) et libido sentiendi (désir des sens) ; des trois
catégories du désir définies par Augustin d’Hippone
(alias Saint Augustin), au quatrième siècle il n’en
subsiste qu’une aujourd’hui… à cause de la
réductrice définition purement sexuelle qu’en
a donné le père Sigmund qui - dans la foulée
de Spinoza - résume la libido à "une force ou énergie
pulsionnelle en conflit avec les conventions et le comportement civilisé".
Et pourtant cette trinité originelle de la libido a été
à l’origine de l’inspiration de nombreux penseurs,
poètes et écrivains… Alors on dira qu’il
ne serait pas stupide d’élargir cette fameuse "énergie
pulsionnelle" au miracle de la création artistique…
qu’on arrive à trouver aussi parfois (pas souvent) en
position de conflit avec les conventions et le comportement (dit)
civilisé.
Brigitte Fontaine incarne ici la libido dans sa définition
la plus large : appétit sensuel, dérision caustique,
provocation iconoclaste, atmosphères malsaines, odeurs crues,
rythmes voluptueux, sentiments profonds, mystères excitants,
délires hilarants, images acérées… sortent
d’une plume extraordinaire, imparable et précise, trempée
dans un enivrant élixir poétique. Le tout magistralement
scandé par la grande prêtresse, de son envoûtante
voix enfumée, sur la très élégante musique,
aux épatants accents surannés, qu’Areski, son
époux et collaborateur depuis des lustres, a choisi de confier
au piano et à une formation de cordes de type quatuor. Quelques
invités : -M- le fidèle zazou aux guitares (et dans
le rôle d’un génial Mister Mistère), ainsi
que le revenant Jean-Claude Vannier sur un Mendelsohn où plane
l’ombre du père de Mélody Nelson.
Somptueux, d’une élégance folle, l’écrin
est parfait pour accueillir douze obscurs objets du désir emmenés
par la fabuleuse visite d’un Château intérieur,
chef d’œuvre absolu.
Dans la parfaite lignée de Kékéland
(l’album du retour en 2001) et Rue
Saint-Louis en l’île (en 2004), Libido nous rappelle
comme une évidence et si besoin était que Brigitte Fontaine
est une des plus importante et des plus talentueuses et des plus originales
et des plus libres et des plus belles et des plus profondes et des
plus extraordinaires figures de la chanson française.
Et Brigitte de répondre à la fin du dernier morceau
: "On va à l’hôtel ?"