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     MuSiQueS
 
SERGE GAINSBOURG
Aux armes et caetera
(Mercury - 1979)

1. Javanaise remake
2. Aux armes et caetera
3. Les locataires
4. Des laids des laids
5. Brigade des stups
6. Vieille canaille « you rascal you »
7. Lola rastaquouere
8. Relax baby be cool
9. Daisy Temple
10. Eau et gaz à tous les étages
11. Pas long feu
12. Marilou reggae dub


SERGE GAINSBOURG
Mauvaises nouvelles des étoiles
(Mercury - 1981)

1. Overseas telegram
2. Ecce homo
3. Mickey maousse
4. Juif et Dieu
5. Shush shush Charlotte
6. Toi mourir
7. La nostalgie camarade
8. Bana basadi balalo
9. Evguenie Sokolov
10. Negusa nagast
11. Strike
12. Bad news from the stars
1979-1981. Les années reggae de Serge Gainsbourg sonnent comme une résurection pour cet immense artiste qui ne retrouvera plus jamais ce niveau de qualité, rattrapé par ses vieux démons.


Les deux fines années qui séparent les deux albums “reggae” de Gainsbourg sont cruciales pour qui veut comprendre l’œuvre et le personnage. C’est entre ces deux disques, somme toutes assez semblables - ne serait-ce que par leur style musical très connoté -, que la vie et l’image de l’artiste vont basculer de façon radicale. C’est entre 1979 et 1981 qu’apparaîtra le tragique Gainsbarre, son Mister Hyde à lui (prophétisé dès 1966 dans la chanson Docteur Jekyll et Monsieur Hyde sortie en 45t EP et reprise en version reggae lors des concerts de 1980), révélé à ses yeux à la mi-septembre 1980, quand Jane Birkin, lassée des coups qu’elle prend dans la gueule (au propre et au figuré) et après douze années de vie commune, le quitte. C’est en 1980 qu’il publie Evguenie Sokolov, conte parabolique en forme de bilan transitionnel, où s’expriment magistralement ses doutes, son désespoir, ses souffrances et ses frustrations. Après 1980, Gainsbourg ne sera plus le même. Il fera des excès un mode de vie, une image de marque facile et lamentable, néfaste à la qualité d’une œuvre dont on pourra tout juste sauver le Baby alone in Babylone qu’il écrira pour Jane en 1983.

En 1978, Gainsbourg lui avait déjà offert l’excellent Ex-fan des sixties. Et lui, "pour faire du blé", il avait commis un tube de l’été, Sea, sex and Sun, peu glorieuse B.O. du film Les Bronzés. Le succès phénoménal de cette grosse daube disco le déprime. Il décide d’aller explorer d’autres horizons musicaux, de prendre des risques : il file en Jamaïque. En une petite semaine il enregistre au studio Dynamic de Kingston avec les musiciens de Peter Tosh et les choristes de Bob Marley - autrement dit le gratin du genre - les douze titres de Aux armes et caetera. Deux jours de rythmique, une demi-journée pour les chœurs, une journée pour les voix… Une prise seulement ou presque. Les paroles ont été écrites sur place, d’une traite, en une nuit de stress. "Il faut penser au peintre japonais qui regarde une fleur pendant trois mois et la cerne en quelques secondes, disait-il. C’est la technique du talk-over qui prévaut (l’état de la voix goudronnée de Gainsbourg ne lui ouvre de toutes façons plus beaucoup d’autres registres…). Du phrasé sur un dub de folie. C’est enlevé, c’est excitant, c’est complètement nouveau à l’époque. "Le meilleur album reggae fait par un non-Jamaïcain" dira le batteur Sly Dunbar.

Et c’est donc par Gainsbourg que le reggae fait son apparition en France. Apparition fracassante, car en plus de l’impact musical, il y a en plan pub la fameuse polémique suscitée par cette version rastafari de la Marseillaise dont le futur académicien Michel Droit ("Odieuse chienlit… profanation pure et simple de ce que nous avons de plus sacré") sera le ridicule porte-drapeau. "On n’a pas le con d’être aussi droit" répliquera - entre autre - Gainsbourg qui réussira à faire reprendre debout et en chœur l’hymne national à un bataillon de parachutistes pourtant venu pour casser de l’iconoclaste (Strasbourg, 4 janvier 1980). "Je suis un insoumis qui a redonné à la Marseillaise son sens initial", conclura-t-il rageusement . Pour la petite histoire, il achètera quelques années plus tard - environ 14 000 euros - le manuscrit original signé Rouget de Lisle, où l’on peut constater "Aux armes… et caetera" clairement calligraphié au niveau des refrains !

Enorme succès pour cet excellent album (1 million d’exemplaires vendus). Gainsbourg est à nouveau sous les feux de la rampe. Il entreprend une tournée triomphale avec ses rastas. Il sort, il boit, il fume. Jane s’en va. Il pleure, il regrette, il souffre. "J’ai eu une fille en or, mais elle s’est tirée. Elle m'a jeté et c'était bien fait pour ma gueule, puisque j'lui cassais la sienne".

1981. Gainsbourg affecté, dépressif, cynique, va retrouver ses musiciens jamaïcains à Nassau, Bahamas, pour enregistrer son deuxième album reggae, dans un état d’esprit beaucoup moins primesautier que le premier. L’amour perdu, le désespoir, la mort, la nostalgie sont au cœur de l’inspiration. Avec quelques petites potacheries au milieu ("Mickey Maousse, un gourdin dans sa housse et quand tu le secousses, il mousse"… ou les pétomaneries d’Evguenie Sokolov) histoire de dérider un peu l’atmosphère. Ecce homo : l’affreux Gainsbarre, "cloué au mont du Golgothar, reggae hilare, le cœur percé de part en part". Voici l’homme : tombé du mauvais côté du mur, les étoiles ne brillent plus que pour annoncer des mauvaises nouvelles. Pathétique et très émouvant : la mélancolie habillée par le reggae, ça donne quelque chose d’assez poignant, à l’image de la photo en noir et blanc sur la jaquette. Moins commercial et plus introverti, le disque - accueilli à tort comme une resucée d’ Aux armes, etc… - rencontrera beaucoup moins de succès que son prédécesseur.

Prochaine étape pour Gainsbourg : la musique urbaine de New York avec, en 1984, Love on the beat et, en 1987, You’re under arrest. La dernière.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Février 2005



PS : courant 2003, les albums reggae ont été ressortis, avec des inédits et un CD de reprises et mixes divers par des deejays Jamaïcains. Sans grand intérêt et surtout lourd et indigeste. Je vous orienterais plutôt sur la version digipack économique sortie en 2002 chez Mercury, qui reprend simplement ces deux albums dans leur version d’origine.
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