MICH
GERBER
The Endless String
(Okular-M10 - 2002)
1 - Unda
2 - Zumurud
3 - Sirens call
4 - Lament
5 - Embers of love
6 - Eventide
7 - Theres more to life than this
8 - Mare
9 - Arpeggio
10 - Luv
11 - Delta
Cest
incroyable tout ce quon peut faire avec ! Et pourtant...
Consignée à larrière scène des formations
de jazz dans un rôle ingrat de rythmique de base, de faire valoir,
recluse au fin fond des orchestres symphoniques comme les cancres
et les inutiles, carrément remplacée dès les
débuts du rocknroll par la guitare basse électrique,
elle na jamais été en mesure de tirer à
elle la couverture du vedettariat instrumental, la contrebasse. Un
triste sort, finalement. Une drôle de destinée, pleine
de frustrations, dabnégation et dhumilité
forcée.
Était elle à ce point timide pour accepter son statut
de dernière roue du carrosse sans broncher, sans bouger, sans
mettre son pied dans lécuelle ? Ou attendait elle simplement,
orgueilleusement, lheure où elle serait enfin utilisée
à sa juste mesure, chauffée aux feux de la rampe, exploitée,
triturée, expérimentée, mise en valeur... ? Nul
ne le sait vraiment, car elle ne parle pas beaucoup pour ne rien dire,
cest là son moindre défaut. Pour le reste, depuis
que Mich Gerber sest occupé de la caresser dans le sens
du poil, une très belle histoire est née, donnant une
nouvelle dimension, une richesse insoupçonnée à
notre instrument à quatre cordes.
Quatre cordes mises en émoi tour à tour par le frottement,
par le pincement, par la percussion. Fermement, doucement, lentement,
rapidement, durement, sensuellement. Archet, doigts, mains. Lalternance
des stimulis et létendue mathématique des combinaisons
possibles font que notre contrebasse se révèle sous
nos oreilles ébahies comme une véritable mine inépuisable
de sons et démotions.
Mich Gerber est au départ un contrebassiste classique suisse,
qui joue dans des orchestres symphoniques (derrière les autres,
tout au fond, donc...). Friand de nouvelles expériences musicales,
curieux et créatif, il opte rapidement pour plus déclectisme
tout en sattachant à travailler dans lunivers de
son instrument originel. Et il nhésite pas à lui
composer un environnement mâtiné délectronique,
de percussions, de programmations...Et parfois même de chant.
Et pas nimporte lequel : celui dImogen Heap, grande jeune
et belle chanteuse-compositrice-pianiste à la voix forte, sensuelle
et magnifiquement timbrée.
The endless string est en réalité une compilation retravaillée
des diverses créations de Mich Gerber depuis ces dernières
années. Principalement instrumental (seulement trois vraies
chansons sur les onze morceaux), cest un voyage sensuel et étonnant
dans le monde sonore de la contrebasse, présente sous toutes
ses coutures, belle comme une déesse. Ambiances orientales,
pop, classiques, mélopées, sarabandes, boléros,
chansons, intimement enlacés. Cest beau, cest prenant,
cest inspiré et ça fait du bien.
Chaudement recommandé, donc, dautant que le disque vaut
lachat rien que pour le splendide Embers of love qui avait déjà
accroché notre oreille sur la sélection Indétendances
2. Et en plus la pochette, composition à base déstructurée
de visage de lartiste, de mains, darchets et... de contrebasse,
est vraiment épatante.