BETH
GIBBONS and RUSTIN MAN
Out of season
(Go Beat / Polydor Universal - 2002)
1 - Mysteries
2 - Tom the model
3 - Show
4 - Romance
5 - Sand river
6 - Spider monkey
7 - Resolve
8 - Drake
9 - Funny time of year
10 - Rustin man
Cest,
au bord dun lac froid, aux rives un peu boueuses, une ombre
humaine. Cest lodeur humide des débuts de lhiver
en Angleterre. La terre, les feuilles tombées et le beuglement
au lointain dun buf oublié au pré. Cest
une ambiance mélancolique qui vous pénètre sans
vous faire vraiment de mal. La mélancolie, ce petit bonheur
triste, indispensable source de réflexion, qui saccorde
si bien aux nappes brumeuses de la mauvaise saison. Mauvaise saison
pour le corps, mais pas pour lâme des hommes, jamais plus
belle que lorsquelle cherche à se réchauffer.
Beth Gibbons est une fille de la campagne. Ses parents étaient
agriculteurs, du côté du petit port de Portishead, à
louest de lAngleterre. La nature, les saisons représentent
pour elle autre chose que de vagues notions temporelles : ce sont
les symboles qui donnent à lhumanité toute sa
dimension. Une façon simple et imparable de comprendre et de
célébrer la vie.
La vie, avec ses moments durs, doux, durs-doux, ses doutes, ses certitudes
et tout ce temps qui file inexorablement avec nous dedans ; comme
la nature avec ses saisons qui vont et qui viennent, qui viennent
et qui vont, ad libitum.
En congés de Portishead, groupe culte de la scène trip-hop
(style musical quon pourrait décrire comme un habile
mélange de soul music, de jazz et de hip-hop), notre cousine
Beth est allée chercher Paul Webb (alias Rustin Man) - un vieux
copain qui officia en son temps comme bassiste chez Talk-Talk - pour
mettre au point ensemble ce disque semi-acoustique, dune force
et dune sensibilité saisissantes.
La soul blanche et le tempo jazz sont cette fois subtilement mêlés
à des racines folk (musique proche de la nature, sil
en est) pour donner une uvre bouleversante par lintensité,
la sensualité et la délicatesse qui sen exhalent.
Des arrangements, des orchestrations tout en nuances, tout en ambiances
pour accueillir la voix de Beth Gibbons ; ou plutôt les voix
de celle qui visite tour à tour les tessitures de la Marianne
Faithfull de Sister Morphine, de Billie Holiday et même de Björk
sur le dernier morceau. Une interprétation pleine de personnalité,
de sincérité et démotion.
Beau à pleurer trouve enfin sa place dans une chronique. Et
comme il va être difficile de quitter la tendre et chaleureuse
mélancolie de Out of season pour passer à la suivante...