1. Je reviens de loin
2. Pise
3. Néant, néon
4. La naïade
5. Évidemment
6. Offense
7. Le miroir
8. Thé de Chine
9. L’ogre
10. La farce bleue
11. Maman, maman
12. Trapèze
13. Dernier bal
Grâce
à l'initiative d'Edith Fambuena (Les Valentins), Jean
Guidoni refait surface avec un album superbe, profond, aux textes
et aux ambiances envoûtantes. Magistral !
Une bonne vingtaine d’albums depuis 1977. Pour la plupart
introuvables. Épuisés, on dit. Jean Guidoni est
un artiste à part dans un univers très particulier,
qu’il faut prendre le temps d’appréhender,
en lisant notamment ses deux romans autobiographiques Quelques
jours de trop (Editions de septembre -1992) et Chanter n’est
pas jouer (L’archipel - 2003), mais surtout en allant
le rencontrer sur scène : c’est là que le
déclic se fera. Ou ne se fera pas. Mais c’est là
que vous comprendrez un peu qui est Jean Guidoni. J’ai
dans ma mémoire un certain nombre de concerts. J’ai
été guidé jusqu'au premier par le formidable
album Concert 1989, enregistré à l’Européen
et qui reste la référence absolue : force, émotion,
poésie, son… Extraordinaire.
C’est ce qui m’a amené à l’Olympia
le 21 mai 1990, pour assister au dernier de cette mythique série
de récitals "à deux pianos", où
les textes de Prévert côtoyaient ceux de Pierre
Philippe et de Guidoni lui-même, sur les musiques de Pascal
Auriat et Michel Cywie sublimées par une formation pleine
de force et de sobriété (deux pianistes japonais,
en fond de scène, qui tournaient le dos au public).
C’est ce qui m’a conduit ensuite à l’Auditorium
du Châtelet en 91, au Théâtre de la Ville
en 93, au Cabaret Sauvage en 2000 (pour la reprise du mythique
spectacle Crime passionnel, plein du tango d’Astor Piazzola).
C’est ce qui m’a poussé à aller rencontrer
Guidoni un soir dans sa loge. Et là, j’ai compris
à quel degré cet artiste, marqué par les
stigmates de l’épreuve du concert, se donne et
avec quel abandon il aborde son art, comme sa vie. "Je
ne rends l’âme que sous la lumière crue d’un
projecteur de music-hall", écrit-t-il. Son âme
est bien sur scène. "Chanter n’est pas jouer",
traduiront Jean Rouaud et Marie Nimier, ses compagnons d’écriture
de Trapèze.
Certains vous parleront d’un chanteur en bas résilles
qui se maquille, aux attitudes équivoques, à la
sexualité glauque, égérie de l’intelligentsia
gay, pervers, sado-maso pourquoi pas. Approche caricaturale,
ridicule et superficielle du poète sensible, de l’interprète
fantastique, de la voix profonde et du personnage attachant
qu’est Jean Guidoni, partie intégrante du paysage
de la chanson française dans sa région la plus
noble, c'est-à-dire la plus dépeuplée.
Perclus par le doute et regardé comme un zombie par la
profession - le "milieu", comme on dit ! - Guidoni
avait bien sous le coude, depuis neuf années sans disque,
quelques bonnes chansons, mais il n’avait plus envie de
se battre pour trouver à les enregistrer, les sortir…
Une fan est venue le prendre par la main : Edith Fambuena. Tout
juste orpheline des (formidables) Valentins,
cette discrète et très talentueuse compositrice-arrangeuse-productrice
l’a accompagné pour un numéro de haut vol
: Trapèze.
Disque magnifique, d’une profondeur et d’une dimension
renversantes. Aux textes, en plus de Jean Guidoni, Jean Rouaud,
Marie Nimier, Eleonore Weber… Aux musiques, en plus d’Edith
Fambuena, Annika Grill, Daniel Lavoie. Et aussi une surprenante
chanson du Tryo Christophe Mali. Une autre aussi d’un
inconnu (Léo Arthaud, un activiste de l’association
caritative Pause Café, dont Guidoni est le parrain).
L’ensemble mis en ambiance de façon magistrale
par Edith Fambuena, guidée par les petites nouvelles
troublantes, cruelles et sordides, pleines de rats, de couteaux,
de plaies, de stupre et de sang - le sang, un de ses thèmes
obsessionnels - écrites pour la circonstance par l’artiste
et qu’on peut lire en regard de chaque chanson sur la
jaquette. Ces arrangements mystérieux, étonnants
et envoûtants apportent à ce Trapèze violent
un cachet, une patte, une patine qui achèvent d’en
faire une œuvre unique et marquante.
Et en plus, il y a un tube, La farce bleue, plein de guitares
demi-caisse et d’amplis à lampes, duo Guidoni-Fambuena
teinté fifties (on pense aux Valentins), suivi d’autres
très beaux duos, sensibles et langoureux avec Annika
Grill. Jean Guidoni chante tel qu’en lui-même. On
le sent à l’aise et libre dans ce contexte inédit
pour lui, qui lui permet de tourner une certaine page, celle
des masques, des artifices et de la marginalisation…Ce
dont il s’amuse dans le dernier morceau caché en
fin de disque.
À ne pas manquer en concert à Paris, Café
de la Danse, du 13 au 15 décembre 2004, puis en tournée
en province en 2005.
Site : www.jeanguidoni.com,
créé fin 1996 par Eric Castaing, dont il faut
saluer le formidable travail. Un vrai site de fan, riche en
illustrations, scrupuleusement complet, à jour et fourmillant
d’informations. Bravo !