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     MuSiQueS
 
GEORGE HARRISON
Brainwashed
(EMI Records - 2002)

1 - Any road
2 - P2 Vatican blues
3 - Pisces fish
4 - Looking for my life
5 - Rising sun
6 - Marwa blues
7 - Stuck inside a cloud
8 - Run so far
9 - Never get over you
10 - Between the devil
and the deep blue sea
11 - Rocking chair in Hawaiï
12 - Brainwashed
Avant tout, une précision d'importance : ce nouvel album de George Harrison n'est pas une collection de fonds de tiroirs poussiéreux, comme le sont trop souvent les albums posthumes qui semblent avoir pour seule ambition de rapporter un maximum d'argent sur le dos d'un cadavre. Harrison, qui n'avait pas publié d'album studio depuis Cloud nine en 1987, continuait à enregistrer sporadiquement, sans se presser. Aux journalistes qui le savaient, et qui lui demandaient, tout au long des années 90, quand sortirait son nouveau disque, il répondait quasi invariablement "d'ici quelques mois" ou "l'an prochain" ; dans le petit monde des fans des Beatles, on a ainsi souvent cru pouvoir annoncer la sortie imminente d'un nouvel album de George.

Durant les dernières années de sa vie, George Harrison avait demandé à Jeff Lynne de collaborer avec lui sur l'enregistrement de ses nouvelles chansons. Lynne, leader d'Electric Light Orchestra dans les années 70, avait co-produit l'album Cloud nine qui avait remis Harrison sur le devant de la scène à la fin des années 80. Quand il devint clair que George Harrison n'aurait pas le temps de terminer son album, il laissa des instructions à Jeff Lynne sur la manière dont il voulait que les chansons soient enregistrées. Après sa mort le 29 novembre 2001, ce fut donc à Jeff Lynne et au fils de George, Dhani, d'achever le travail. Jeff Lynne a de son propre aveu dévié des dernières volontés de George Harrison, qui voulait que les chansons soient présentées de manière très brute, sans "polissage". On pouvait s'attendre au pire car Lynne a parfois eu tendance à imposer son style de production efficace mais sans nuances (avec le plus souvent un son de batterie très présent et "gonflé") à tous les artistes qu'il produisait. Mais par bonheur, il a su rester dans l'ensemble tout à fait sobre et éviter les excès en créant, pour Harrison, un son qui serait "un berceau pour mettre en valeur sa voix et sa guitare", selon les mots de Dhani.

Et l'objectif a été parfaitement atteint. En tant que guitariste, George Harrison n'avait trouvé son propre style qu'au cours des années 70, caractérisé par un jeu de guitare slide caressant et planant. Dans Brainwashed, cette guitare, plus belle et aérienne que jamais, est au premier plan sur la plupart des titres. Il suffit d'écouter Stuck inside a cloud, ou l'instrumental Marwa blues, qui n'est que guitares, pour se rendre compte du talent de guitariste d'Harrison, très souvent sous-estimé. Ce son convient à merveille aux thèmes revenant le plus souvent ici : une volonté d'élévation, d'atteindre un plus haut niveau de spiritualité ; la souffrance avant la mort (comme dans Looking for my life), mais aussi l'espoir d'une libération. Harrison, qui a suivi le mouvement Krishna depuis la fin des années 60, n'adhérait pas à une religion particulière mais avait une vision multiforme du "principe créateur". Selon son fils Dhani, "le Dieu qu'il m'a appris est une sorte d'énergie, un sentiment d'union, que vous soyez blanc, noir, vert, bleu, indien, musulman". Dans le titre P2 Vatican blues, Harrison critique d'ailleurs la religion catholique qu'il trouve trop dogmatique et hypocrite. Même si cette quête de la spiritualité au-delà des religions est très présente dans l'album, George Harrison, par bonheur, ne retombe pas dans ses travers des années 70, lorsque certaines de ses chansons devenaient de véritables sermons.

On retrouve aussi, sur cet album, le péché mignon de George : l'ukulélé, cette minuscule guitare hawaïenne, dont il adorait jouer en toute occasion. Il convient parfaitement à un titre joyeux comme Any road, avec son refrain fataliste et zen : "If you don't know where you're going, any road will take you there" ("Si vous ne savez pas où vous allez, n'importe quelle route vous y conduira"). L'ukulélé est également présent de manière logique sur un morceau nonchalant, Rocking chair in Hawaii, ainsi que sur la seule reprise de l'album, Between the devil and the deep blue sea, un vieux standard charmant enregistré avec le groupe de Jools Holland (ex-Squeeze).

Sur le titre qui conclut l'album, Brainwashed ("Lavé du cerveau"), dont le riff rappelle vaguement celui de ses amis de Deep Purple sur Smoke on the water, il passe en revue toutes les institutions qui empêchent, selon lui, la libre-pensée et l'élévation, en priant finalement dieu de "laver le cerveau" de la Terre entière. "Il existe une alternative, dit Dhani, qui est de penser par soi-même, de s'accomplir soi-même, grâce à Dieu." La chanson se termine par un chant indien célèbre, enregistré par Harrison il y a près d'un quart de siècle, et sur lequel Dhani a fondu sa voix avec celle de son père.

Ainsi se conclut le disque. Et l'on reste là, en se disant qu'il n'y en aura pas d'autre, et le fait que le dernier album de George Harrison soit un de ses meilleurs ne fait que renforcer les regrets, la tristesse et cette sensation cruelle de manque. Il ne reste finalement que la satisfaction de constater que son talent est resté intact jusqu'au bout.


Yann Darson
© Jowebzine.com - Novembre 2002
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