1. Tous ces mots-là
2. Le sport
3. Tant de temps
4. T'es mon château
5. L'homme de l'ombre
6. Les amants, les clients
7. Si je te quitte
8. Avec les yeux
9. Baiser empoisonné
10. Mars rendez-vous
11. Code 68
Amateurs
de chansonnettes intelligents, vous apprécierez Tant de temps,
en regrettant un peu la facilité de l’accompagnement
musical.
Avec Tant de temps, Jacno nous livre son nouvel opus, quatre ans après
le précédent. Il faut préciser ce genre de détails
car Jacno semble figé dans le temps, prisonnier du temps. Et
en écoutant ses nouveaux titres, on se sent pris au piège
soi-même, enfermé dans un espace-temps situé entre
1978 et 1986. Jacno, dès qu’on l’écoute,
on se retrouve dans le filet des années 1980.
Est-ce étrange et va-t-on reprocher à un artiste de
toujours sonner pareil ? Après tout, il est rassurant de reconnaître
un auteur à la première note. Ce qui est un peu plus
gênant, c’est que l’étendue musicale des
talents de Jacno ne tend pas vers l’infini. Ce serait plutôt
le roi de la petite mélodie plus ou moins oubliable.
Je me sens un immonde salaud de dire ça, d’autant plus
que Jacno est quelqu’un d’éminemment sympathique,
un dandy spirituel dont la figure autant que les réparties
n’ont rien à envier à Jacques Dutronc. Je me sens
mal à l’idée de dégommer l’auteur
d’un titre emblématique (sur cet album) : Le sport, dont
le refrain (le sport, c’est de la merde) devrait ponctuer tous
les matches de footis ou de tennball, de tennall ou de footbis, de
tennis ou de football qui encombreront les écrans de télé
dans les semaines à venir.
Oui, c’est pas bien de dire du mal d’un type qu’on
aime bien, qui passe rarement dans les médias et qu’on
peut classer dans la catégorie enviée des chanteurs
culte.
Alors, pourquoi le critique persévère-t-il dans la critique
de Tant de temps ? Eh bien parce que cet album, le critique aurait
adoré l’aimer, mais qu'il ne tient pas ses promesses
sur la durée.
Et pourtant, au niveau thématique, y en a de la richesse :
Tant de temps évoque la possibilité d’aimer quelqu’un
depuis la nuit des temps et de le reconnaître, le temps servant
en quelque sorte de fil d’Ariane de la rencontre amoureuse.
Les amants, les clients est une chanson bâtie sur une formidable
image : un couple d’amoureux seuls à Strasbourg-Saint-Denis,
entre les putes et les clients. Ajoutons T’es mon château
où, en œnologue averti, Jacno compare son amour à
tel ou tel vin.
Eh bien, pour accompagner cet imaginaire, on ne saurait trop encourager
Jacno à contacter Brian Ferry pour que des musiques envoûtantes
nappent ses propos. Au plan musical, seul l’avant-dernier titre,
Mars rendez-vous, chanté en duo franco-allemand parvient à
nous envoûter.
Oui, c’est là où le bât blesse : Jacno est
un vampire et tant qu’à faire on aimerait tendre son
cou et qu’il y plante ses crocs. Au lieu de cela, il se contente
de nous allumer et de nous faire croire que s’il voulait…
Cela dit, sur notre échelle de valeur, Florent Pagny est un
cancrelat que les talons de Jacno écrasent d’un coup.
Il ne faut pas confondre un ringard et un flemmard !