JAD
WIO
Nu Cle Air Pop
(Exclaim/Warner Music France - 2005)
1. The wind goes
2. Un drôle de Lord nu
3. I can feel out
4. La nuit venue
5. Creepy morning
6. Volte mort
7. Psycho hero
8. Invisible but real
9. Nu Cle Air Pop
10. L’abus de soi
11. Never more
Fin
de l’hibernation pour Jad Wio. Plongé Nu dans une
substance cryogène depuis près de dix ans, privé
de label, engourdi dans ses bouillantes ardeurs, on ne donnait
pas cher d’un Jad Wiolensky (personnage baptismal originel)
enfermé à Clé dans son caisson réfrigéré
et voué à un oubli universel (ou plutôt
Sony Music en l’occurrence). C’était sans
compter sur l’arrivée d’Air chaud générée
par les nombreux fans inextinguibles qui - par amour de leur
icône Pop - ont conjugué leurs micro-ondes en position
décongélation pour la ramener à la vie
- ou ce qu’il en reste. La vie : cette chose qui n’existe
que par la mort. Que grâce à la mort. La mort :
cette froide sensation qui vient nous frôler à
chaque instant, directement ou par émissaires interposés
: revenants, sang, accidents, lames, armes, larmes, neutrons,
radiations, abandons…
Vingt ans ont coulé depuis les premiers enregistrements.
Jad Wio, c’est Denis Bortek. Le groupe a vécu de
nombreuses configurations (avec un guitariste nommé Kbye
jamais très loin) et différentes collaborations
(dont on retiendra en point d’orgue le mythique Fleur
de métal réalisé tout en finesse par le
non moins mythique Bertrand Burgalat). Mais Jad Wio, c’est
avant tout Denis Bortek. Sa personnalité hors normes,
ses attitudes équivoques de dandy pervers, provocateur*,
androgyne, précieux, théâtral… collent
au groupe comme un papier Rizla+ à une plaie de rasoir
(difficile à décoller une fois sec). Sa voix métallique,
froide puis brûlante une fois réchauffée.
Son univers glauque et fascinant truffé de nuits troublantes
et effrayantes, d’horreurs matinales grises et déprimantes,
et des frissons humides qui vont avec. Et son âme qu’il
cherche à sauver, une sorte de pureté à
préserver, à tout prix et avant tout. Impossible
de ne pas penser à Jean Guidoni en parallèle.
Nu Cle Air Pop (Entendez Merde Nucléaire ; car tous les
titres - alternativement en français et en anglais -
sont traduits en miroir dans la jaquette) est un beau disque.
Fort et varié. Bortek est un caméléon.
Iggy Pop, Bowie et Marc Bolan sont tout près ; mais aussi
Frankie Goes to Hollywood, INXS, Placebo, Dépêche
Mode (et Murat, La nuit venue ? ma préférée).
Les programmations et l’électronique (excellent
Christophe Schwob) mariées au son brut des guitares (Tristan
Abgraal et le retour du Kbye d’origine), aux chœurs
féminins (Mona Soyoc, de Kas Product - un autre symbole
de la french cold wave !) exhalent des ambiances sulfureuses
à souhait pour un album sulfurique très accessible
et parfaitement dans l’époque. A découvrir
pour la richesse de ses compositions, la justesse de son interprétation
et pour n’être pas passé à côté
d’un pan incontournable de la glamour-Pop à la
française. C’est Cle-Air ?
* Vous connaissez beaucoup de groupes dont l’hymne universel
- repris en chœur par le public aux concerts - est une
ballade déviante ("Ophélie est zoophile,
Pour moi comprendre est difficile…", album Contact
en 1989) ?
PS : mais il faudra quand même m’expliquer
pourquoi on tombe à deux reprises sur le riff de Pas
assez de toi de la Mano Negra...