PHILIPPE KATERINE
Robots après tout
(Barclay/Universal - 2005)
1. Etres humains
2. Borderline
3. Numéros
4. Le train de 19h
5. Louxor j’adore
6. Le 20.04.2005
7. Titanic
8. 100% VIP
9. Patati Patata !
10. Excuse-moi
11. Qu’est-ce qu’il a dit ?
12. 78-2008
13. Après moi
14. 11 septembre
1.68.12.79.829.805.07
rencontre 2.69.05.99.131.167.14. Ils sont identiques, mais ils n’arrivent
pas à communier, à communiquer. C’est le drame
de l’être humain qui se joue devant nous. Ce triste individu
qui ne peut rire et pleurer que par rapport à lui-même,
sa seule et misérable référence. Inexorable solitude
contre laquelle chacun lutte vainement toute une vie. Quitte à
endosser un ridicule uniforme (sous pull rose et slip blanc, par exemple…)
pour essayer de se frayer une place dans ce qu’on appelle la
société. "Tout va bien" hurle-t-on pour s’en
convaincre. Mais c’est "Borderline" qu’on est,
en fait. Et cette détresse s’étale magistralement
au fil de 14 étapes éclec-troniques qui font clin d’œil
au Human after all des Daft Punk.
Obsédé par les chiffres, par les nombres et par tous
leurs effrayants dérivés (dates, horaires, matricules,
numéros de sécu…) dont il truffe la quasi-intégralité
de ses chansons, Philippe Katerine, plus subversif que jamais, nous
balance à la face une œuvre qui, si elle ne s’impose
pas d’emblée, finit par pénétrer insidieusement
et durablement nos esprits troublés et inquiets. Oscillant
entre hyper réalisme et surréalisme, Robots après
tout est une création totalement inattendue, débridée
et déstabilisante qui vient nous frapper dans notre intimité.
Plutôt artiste au sens large que musicien au sens small, Philippe
Katerine n’hésite pas à fracasser son image de
"surdoué de la chanson française" pour laisser
éclater violemment cette folie mélancolique inéluctable,
névrose universelle qui sourdait déjà de ses
précédents opus mais qui atteint ici sa définition
quasi-médicale. Fatigue, stress, désillusion, paranoïa,
ridicule assumé, mort, isolement, artifices : ce sont tous
les symptômes d’une déprime (dépression
?) multifacettes (y compris comique) qui scintillent ici devant nos
yeux écarquillés.
Sur des musiques synthétiques d’un autre temps (Gonzales
et Renaud Létang à la réalisation) Katerine nous
replonge dans l’univers des discothèques de campagne
des années 80 (remember Patrick Hernandez, Plastic Bertrand,
Les Motors, Patrick Juvet…) : disco-house mâtinée
de chœurs (Louxor j’adore, 100 % VIP… tubes très
dansants et très marrants, mais aussi Après moi, cinglant
et hilarant comme du Gotainer), claviers éthérés
(très poétique 78-2008 et chopinesque Numéros)
ou fascinantes errances pianistiques déstructurées (Titanic,
11 septembre). Patati Patata !, lui, touche au Prévert. Quant
à Excuse-moi, c’est quelque chose de tellement incroyable
sur le plan des paroles et de la musique que… Indescriptible,
quoi ! Dommage que la dernière édition de l’impayable
20.04.2005 ait vu (sous la pression ?) ses paroles modifiées
(remplacez Jeanne la Pucelle par Marine Le Pen et vous l’aurez
comme enregistré au départ…).
Il est déroutant et fascinant, décalé et attachant,
complexe et culotté, provocateur et poétique.
Il s’appelle 1.68.12.79.829.805.07. Et vous ? Vous-vous appelez
comment ?
PS : à noter que 3 clips-vidéos figurent en bonus sur
le CD, dont Louxor j’adore, indescriptible lui aussi dans son
genre (Katerine et un groupe de filles - dont une enceinte ! - se
dandinant en sous pull rose et slip vert fluo sur une scène
itinérante tirée par un tracteur et traversant un village,
ovationnés par la population locale, le maire avec son écharpe,
le charcutier, la boulangère, etc.).