ROIS
DU SUD
La scène rock américaine ne se trouve pas seulement
à New York ou Detroit. Le Sud profond sait aussi nous secouer.
La preuve ? Kings Of Leon
À force de scruter trop obsessionnellement du côté
de New York ou de Detroit les derniers enregistrements en cours
ou à venir des Strokes ou des White Stripes, on avait fini
par oublier que les Etats-Unis pouvaient aussi être ploucs
et sudistes. C’est cette vérité fondamentale
que les Kings Of Leon nous rappellent ces jours-ci avec leur décoiffant
Youth and young manhood.
Les
trois frères Followill et leur cousin viennent tout droit
de Nashville (Tennessee) - on a connu des coins moins pétris
de culture musicale - pour nous balancer leur rock rugueux et sans
concession, leur rock aux cheveux longs et aux bottes boueuses.
Pas
question de raffinement excessif avec la musique des Kings Of Leon,
mais plutôt d’efficacité maximale et de chanson
sacrément bien ficelées. On les imagine en studio
balancer leurs morceaux longuement rôdés sur toutes
les scènes de la région. La voix et l’interprétation
de Caleb (le frangin chanteur) en témoignent : ils ont la
rage de faire bien et fort. Sans se soucier de la mode et encore
moins du reste du monde.
Une
impression d’enregistrement live
Leur
truc à eux, ce sont les Allman Brothers ou Creedence Clearwater
Revival (même si l’on se demande encore pourquoi l’intro
de California waiting a été repompée intégralement
sur un vieux morceau de Blondie), cette musique qu’ils ont
tant écoutée dans la caravane familiale et qui est
venue se télescoper sur le tard avec le Velvet Underground
et les Pixies.
Le
résultat surprend à la première écoute
par sa rugosité naturelle et son absence d’arrangements
sophistiqués. Mais cette impression d’enregistrement
live (ou presque) est plutôt salvatrice au milieu de la mièvrerie
alambiquée d’une certaine pop branchée.
Du
coup on devient rapidement accro aux rifs de guitare incisifs et
de la voix rauque, chaleureuse, énervée… et
juste, du chanteur. Les mélodies font rapidement leur chemin
et l’on se repasse sans lassitude ce pur moment de naturel
virtuose. Du nerveux Red morning light au bluesy Dusty, cet album
est un concentré d’énergie qui recèle
même un très beau morceau caché : Talihina sky.
Allez,
même si ça me coûte, le conseil du jour va être
assez simple : pour les Kings Of Leon (et pour eux seulement !),
je vous autorise à devenir royaliste et à le faire
savoir.
Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Septembre 2003
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