THE
KINKS
The village green preservation society
(Pye - 1998)
CD 1 - 15 track mono album
1 - The village green preservation society
2 - Do you remember Walter
3 - Picture book
4 - Johnny Thunder
5 - Last of the steam-powered trains
6 - Big sky
7 - Sitting by the riverside
8 - Animal farm
9 - Village green
10 - Starstruck
11 - Phenomenal cat
12 - All of my friends were there
13 - Wicked Annabella
14 - Monica
15 - People takes pictures of each other
CD 2 - 12 tracks stereo album
16 - The village green preservation society
17 - Do you remember Walter
18 - Picture book
19 - Johnny Thunder
20 - Monica
21 - Days
22 - Village green
23 - Mr Songbird
24 - Wicked Annabella
25 - Starstruck
26 - Phenomenal cat
27 - People takes pictures of each other
28 - Days (mono single)
Sorti
en 1968, The village green preservation society est considéré
avec le Pet Sound des Beach Boys et la quasi-totalité
de la discographie des Beatles comme une uvre majeure
dans l'histoire la pop musique.
Pourtant, les Kinks n'ont jamais bénéficié
du même confort et de la même liberté que
leurs illustres partenaires. Alors que les Beatles pouvaient
quasiment dès 1966 avec Revolver, sortir exactement le
même disque simultanément en Grande-Bretagne et
aux Etats-unis (pochette et contenu équivalents), les
Kinks devaient composer avec leurs labels. Les deux versions
présentes dans cette réédition témoignent
de cette contrainte. Avec The village green preservation society,
le handicap vire au musellement. Car le projet de Ray
Davies était à l'origine bien plus audacieux.
L'album devait être double, comporter plus de chansons
et s'intituler Four more well-respected men. Devant les réticences
de Pye, le leader des Kinks avait même émis l'idée
de vendre le disque au prix d'un album simple.
Ajoutons que les budgets concédés par EMI étaient
considérables pour l'époque et les studios Abbey
Road étaient devenus, comme l'illustre la lecture essoufflante
de Chronicle de Mark Lewinsohn, la résidence secondaire
des Beatles. Aussi, bien que le format 33 tours soit considéré
depuis longtemps comme le meilleur terrain d'expression dans
la musique pop, faisant de l'album une uvre d'art, soit
un tout cohérent égal aux morceaux classiques,
Pye percevait le groupe des Davies comme une usine à
fabriquer des singles et n'était pas prête à
investir sur un album entier. Cette contrainte financière
explique aussi le son du disque dont on peut reprocher le manque
de relief comparé aux autres productions de l'époque
(Sorrow des Pretty Things, par exemple).
On imagine la frustration d'un type comme Ray Davies, pieds
et poings liés, miné par des problèmes
financiers et, plus grave, en proie à une dépression
dévorante (voir les paroles de Days). Pourtant, malgré
les difficultés, l'année 1968 restera comme le
point culminant de la période de grâce de Ray Davies
qui produit seul son chef d'uvre. Résultat, les
mélodies sont magnifiques à l'image de Village
Green et de la chanson titre qui ouvre l'album. Ray Davies utilise
à merveille ses petits trucs de songwriter. Comme ses
descentes chromatiques magiques, marque de fabrique des Kinks
qui étaient déjà l'armature des tubes Waterloo
sunset et Sunny afternoon. Pas de structures alambiquées
à la mode psychédélique de l'époque,
mais des pop songs simples et efficaces, chacune construite
comme un tube en puissance. C'est là, la principale différence
avec Arthur or the decline and fall of the british empire, l'album
suivant qui, tel le superbe Shangri'la, démontre le savoir
faire de Ray Davies dans les structures patchworks.
Les chansons des Kinks se situent dans la continuité
de l'uvre de Virginia Woolf. Comme elle, Ray Davies a
le goût des Moments in times, ces instantanés de
vie où le temps se suspend. Par ses portraits amusés
des petites gens (People takes pictures of each other, Picture
book) et tout
simplement ces moments de pure existence où l'on se laisse
vivre assis au bord d'une rivière (Sitting by the riverside),
Ray Davies est sans doute le meilleur chroniqueur du Swinging
London des années soixante et des travers de la société
de cette époque.
Côté musiciens, outre les membres des Kinks (Rasa
Davies incluse) on peut noter la présence du génial
pianiste Nicky Hopkins, session man cher à Ray Davies
qui, quelques années plus tard, sera à l'origine
du petit supplément de grâce sur Jealous Guy de
Lennon (celui-ci fait d'ailleurs allusion au Village green dans
son morceau You are here).
À sa sortie, le disque est un échec commercial.
Certes, comme nous l'avons vu plus haut, la maison de disque
qui a mal promu un projet dans lequel elle ne croyait pas, est
la principale responsable. Mais on peut aussi trouver des explications
à ce flop dans l'uvre même. Au moment où
les Stones sortent leur Sympathy for the devil et que les Beatles,
plus nuancés, chantent leur Revolution, les Kinks avec
leurs chansons aux paroles nostalgiques, et leurs
musiques un brin désuètes ne semblent pas en phase
avec l'actualité de leur époque. De l'aveu même
de Ray Davies les Kinks paraissent décalés avec
cet album : "While everybody else thought that the hip
thing to do was to drop acid, do as many drugs as possible and
listen to music in coma, the Kinks were singing songs about
lost friends, draught beer, motorbike riders, wicked witches
and flying cats" (extrait de X-Ray, l'autobiographie de
Ray Davies).
Plus de trente ans après sa parution, ce disque est resté
intemporel, magique, bref à posséder absolument.