1. Fleuve Congo
2. Julien
3. Bateau ivre
4. La guerilla
5. Mon amour pour toi
6. La chanson de Tessa
7. La maison sous les glycines
8. Idées reçues
9. La prière
10. Sensations
11. Kerouac
LA
VIE N'EST PAS...
Magnifique retour, 18 ans après, d'une Valérie Lagrange
inspirée et somptueusement accompagnée.
18
ans après son dernier album, Danielle Charaudeau, 60 ans, est
ramenée à la vie musicale par le décidément
omniprésent (et pourtant très fin et talentueux) Benjamin
Biolay. Valérie Lagrange, pseudonyme issu d’un rôle
tenu dans le film La jument verte, aux côtés de Bourvil,
dans les années 60. Actrice, donc, mais aussi chanteuse, baptisée
dans la vague peace and love 68, celle des communautés artistiques
(avec les Higelin ou les Jean-Louis Aubert d’avant Bigophone)
et puis tourne rock’n’roll rebelle sous la houlette de
son compagnon, le formidable guitariste compositeur Ian Jelfs. Dans
une relative indifférence du grand public, elle crie à
l’homme de se ressaisir, de mieux se respecter, lui et ce qui
l’entoure. C’est une chanteuse à textes, à
hargne, à cœur. Fin 89, Ian, très abîmé
par les excès de toutes origines, tombe dans un coma dont il
sortira muet et presque impotent. A priori pour toujours. Valérie
le prend sous son aile et, patiemment, lui réapprend tout.
Aujourd’hui, Ian ne peut plus jouer de musique : il s’exprime
en dessinant des vagues aux crayons de couleurs que l’on retrouve
ici ou là sur la pochette de Fleuve Congo.
Fleuve Congo : l’album comme le titre, impressionnants de profondeur,
de pureté et de mélancolie. Un choix de textes simples
et forts, très forts : Lagrange, Biolay, Jammes, Kerouac, Rimbaud,
Giraudoux : tous se retrouvent autour des thèmes universels
de l’amour, de la mort, de la mort de l’amour, de l’amour
de la mort. Universels, mais uniques ici dans la finesse de leur traitement.
La chanson de Tessa (en duo avec Biolay), troublante épitaphe
pleine de tendresse, de vie et d’espoir, est bouleversante.
Le texte de Kerouac (lu sur un simple accompagnement piano-bar) semble
raconter « l’accident » de Ian. La version gentiment
orientale de La prière de Francis Jammes (sur une musique de
Georges Brassens) lui donne une nouvelle facette. Magnifique, La maison
sous les glycines (orchestrée façon Césaria Evora),
comme une ultime étape en forme d’apaisement. Et Mon
amour pour toi, ce simple cri plein de passion intense. Pour parler
des arrangements, ils sont variés, mais toujours subtils et
d’une grande sensibilité. De la très belle musique,
de la très belle chanson, qui élève le cœur
et l’esprit.
On sort renversé de cette oeuvre splendide que l’on vit
et que l’on réécoute avec la religieuse attention
portée à ce qui est précieux, important et révélateur.
À une période où l’on encense la moindre
médiocrité, il faut savoir que ça peut encore
arriver.