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     MuSiQueS
 
VALERIE LAGRANGE
Fleuve Congo
(Exxos/Vogue/BMG - 2003)

1. Fleuve Congo
2. Julien
3. Bateau ivre
4. La guerilla
5. Mon amour pour toi
6. La chanson de Tessa
7. La maison sous les glycines
8. Idées reçues
9. La prière
10. Sensations
11. Kerouac
LA VIE N'EST PAS...
Magnifique retour, 18 ans après, d'une Valérie Lagrange inspirée et somptueusement accompagnée.


18 ans après son dernier album, Danielle Charaudeau, 60 ans, est ramenée à la vie musicale par le décidément omniprésent (et pourtant très fin et talentueux) Benjamin Biolay. Valérie Lagrange, pseudonyme issu d’un rôle tenu dans le film La jument verte, aux côtés de Bourvil, dans les années 60. Actrice, donc, mais aussi chanteuse, baptisée dans la vague peace and love 68, celle des communautés artistiques (avec les Higelin ou les Jean-Louis Aubert d’avant Bigophone) et puis tourne rock’n’roll rebelle sous la houlette de son compagnon, le formidable guitariste compositeur Ian Jelfs. Dans une relative indifférence du grand public, elle crie à l’homme de se ressaisir, de mieux se respecter, lui et ce qui l’entoure. C’est une chanteuse à textes, à hargne, à cœur. Fin 89, Ian, très abîmé par les excès de toutes origines, tombe dans un coma dont il sortira muet et presque impotent. A priori pour toujours. Valérie le prend sous son aile et, patiemment, lui réapprend tout. Aujourd’hui, Ian ne peut plus jouer de musique : il s’exprime en dessinant des vagues aux crayons de couleurs que l’on retrouve ici ou là sur la pochette de Fleuve Congo.

Fleuve Congo : l’album comme le titre, impressionnants de profondeur, de pureté et de mélancolie. Un choix de textes simples et forts, très forts : Lagrange, Biolay, Jammes, Kerouac, Rimbaud, Giraudoux : tous se retrouvent autour des thèmes universels de l’amour, de la mort, de la mort de l’amour, de l’amour de la mort. Universels, mais uniques ici dans la finesse de leur traitement. La chanson de Tessa (en duo avec Biolay), troublante épitaphe pleine de tendresse, de vie et d’espoir, est bouleversante. Le texte de Kerouac (lu sur un simple accompagnement piano-bar) semble raconter « l’accident » de Ian. La version gentiment orientale de La prière de Francis Jammes (sur une musique de Georges Brassens) lui donne une nouvelle facette. Magnifique, La maison sous les glycines (orchestrée façon Césaria Evora), comme une ultime étape en forme d’apaisement. Et Mon amour pour toi, ce simple cri plein de passion intense. Pour parler des arrangements, ils sont variés, mais toujours subtils et d’une grande sensibilité. De la très belle musique, de la très belle chanson, qui élève le cœur et l’esprit.

On sort renversé de cette oeuvre splendide que l’on vit et que l’on réécoute avec la religieuse attention portée à ce qui est précieux, important et révélateur. À une période où l’on encense la moindre médiocrité, il faut savoir que ça peut encore arriver.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Juin 2003
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