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     MuSiQueS
 
BOBY LAPOINTE
Comprend qui peut !
(Philips - 2002)

1 - Ta Katie t’a quitté
2 - Framboise
3 - La maman des poissons
4 - Aragon et Castille
5 - Bobo Léon
6 - Comprend qui peut
7 - Marcelle
8 - Saucisson de cheval N°1
9 - La peinture à l’huile
10 - Je joue du violon tzigane
 11 - Sentimental bourreau
12 - Eh ! Toto
13 - L’hélicon
14 - Ca va, ça vient
15 - La leçon de guitare sommaire
16 - Andréa c’est toi
17 - Le tube de toilette
18 - L’idole et l’enfant
19 - Je suis né au Chili
20 - L’été où est-il
21 - J’ai fantaisie
1922/1972 auront été ses courtes bornes. Et 2002, son année commémorative. 80 ans qu’il est né, 30 ans qu’il est mort ; ça valait bien une (de plus !) nouvelle petite compil’, non ?

Avant d’aller plus loin, il faut que vous sachiez que pour le même prix (ou même moins cher), vous pouvez trouver facilement le double–CD de l’intégrale Boby Lapointe (une cinquantaine de morceaux seulement !) ; vous serez forcément mieux servis, pour un rapport qualité-prix incomparable. C’est vrai, à la fin : pourquoi chercher à compiler l’œuvre d’un mec qui n’a écrit que 50 chansons ?

Même si elles ne sont pas toutes d’égale valeur, on commet forcément des erreurs, on oublie en route des clés de voûtes, des petits bijoux ... Et d’ailleurs je vais pas me gêner pour pousser ma gueulante : où sont passés Le poisson fa, Le papa du papa, Monsieur l’agent, Revanche, Insomnie, Petit homme qui vit d’espoir ? C’est pour placer Saucisson de cheval, La peinture à l’huile, L’idole et l’enfant ou même le Tube de toilette, qu’on a procédé à ces coupes-sombres ? Permettez moi de contester les choix, Messieurs-Dames les compilateurs de chez Philips.

Voilà, ça c’était pour casser tous ces pilleurs de sarcophages qui n’en manquent pas une pour s’en fourrer plein les fouilles. Ils viennent même de sortir concomitamment un coffret 4 CD sans grand intérêt (c’est l’intégrale ci-dessus, avec en plus un CD de version alternatives et un CD en public - Théâtre des Capucines 1963).

Bon, allez, je me calme. Après tout, c’est déjà pas mal qu’on ait fait quelque chose pour sortir notre petit Robert de la quasi-ombre où ses idées reposent. Même si elles ne sont pas enterrées pour tout le monde, tant elle ont été (et sont encore) régulièrement pillées par les uns et les autres (dernière en date, la Femme tronc trop bonne des Rita Mitsouko, discrètement exhumée de L’hélicon ici présent).

Comme beaucoup de fins manipulateurs de la langue française (Blaise Pascal, Boris Vian, Raymond Queneau…), Robert Lapointe est à la base un scientifique, inventeur de l’embrayage automatique et d’un langage mathématique reconnu, le bibinaire. Originaire de Pézenas, il s’illustre dès l’enfance par ses frasques et sa totale absence de sérieux. Arrêté par les allemands en 1943 pour le STO, il s’inscrit sous le nom de Robert Foulcan… et il s’évade ! Deux fois !

La liste des métiers qu’il a ensuite exercés est édifiante : scaphandrier, viticulteur, marchand de layette, électricien, installateur d’antennes TV… A ses moments perdus il écrit des chansons qu’il essaie de fourguer à l’un, à l’autre. Bourvil est son premier client. Mais rapidement, il se lance dans l’interprétation par lui-même, avec une loufoquerie à l’image de ses textes. Georges Brassens lui confie ses premières parties et il remportera bon an mal an quelques succès d’estime, sans plus. Parce que son attitude et l’apparente primesauterie de ses chansons l’ont vite catalogué comme simple bouffon auprès de ce qu’on appelle le "grand public".

Depuis qu’il est mort, on a mieux écouté. Et on a découvert, comme sous le jupon d’Hélène, une œuvre contrastée et complexe où cohabitent en harmonie burlesque, tendresse, humour, anarchie, cruauté, fantaisie, rêve… le tout dans un langage d’une richesse et d’une maîtrise imparables. Boby Lapointe joue avec les mots et les expressions comme un jongleur de cirque ; il les détourne de leur sens d’origine, met en avant leurs failles, s’y engouffre, les tripote et les travestit sans relâche, avec malice et dérision.

Et la musique ? Elle entraîne généralement les textes sur un rythme de fanfare, avec des orchestrations très "Harmonie Municipale". C’est un peu pompier, mais ça sonne tellement bien avec tous ces mots qui se dandinent et cette voix pas toujours juste qui les décline à tous les degrés possibles. Et on sourit, touché, amusé, emballé, conquis.

Boby Lapointe, c’est du bonheur à écouter avec son cœur.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Octobre 2002



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