LE
TOIT DU MONDE MUSICAL
Fado-blues mariachi : une artiste authentique nous invite dans
son sillage sur la route intense et bouleversante de la vie.
Splendide.
Sur les routes
Tenue à l’écart depuis sa toute petite
enfance des deux épouvantables fléaux de socialisation
que sont l’école et la télévision,
Lhasa de Sela est une artiste pure, à la personnalité
naturellement authentique, profonde et originale.
Élevée avec ses trois sœurs dans l’itinérance
d’un autocar familial pérégrinant entre
les Etats-Unis et le Mexique, dépourvue de racines
profondes mais riche de ses multiples influences au gré
des routes, Lhasa lit, écoute, interprète et
choisit de retranscrire ses émotions dans le chant
et la musique. Ses parents (père Mexicain, mère
Américaine) sont des intellectuels qui lui ouvrent
l’esprit plutôt que de le conditionner. C’est
de cet environnement propice à la création que
Lhasa tirera la formidable substance de son art, sincère
et extraordinairement humain.
Sur les pistes
Depuis qu’elle a 13 ans, elle chante en public. Dans
les bars, à San Francisco, ici ou là, et puis
à Montréal où sa rencontre avec un guitariste
(Yves Desrosiers) aboutira en 1997 à l’enregistrement
d’un disque fabuleux, La Llorona (du nom de la déesse
aztèque qui attirait les hommes d’un chant triste
avant de les statufier d’un baiser pétrifiant),
dont elle peignit elle-même la pochette et qui bouleversa
un public fasciné par une voix et des compositions
d’une force et d’une intensité à
donner des frissons.
Succès. Concerts. Puis disparition : Lhasa a repris
la route avec le cirque où ses sœurs trapèzent
et funambulisent. Au lieu d’entretenir la flamme et
empocher les gros fruits qui seraient forcément venus
en produisant d’autres disques dans la foulée.
Et son public n’avait plus qu’à se passer
et se repasser cette mythique Llorona devenue nostalgique
par conséquence, en plus de mélancolique par
essence.
Un voyage admirable
Et puis, six ans plus tard, voilà que réapparaît
comme par miracle notre saltimbanque, avec un disque décoré
des gravures fantasmagoriques du XIXe qu’elle collectionne.
The living road produit l’effet d’émouvantes
retrouvailles avec une artiste qui a évolué,
ouvert son champ d’influences musicales, affiné
ses orchestrations, mais qui, pour le reste, le fondamental,
est restée intacte.
Décliné en espagnol, en français et
en anglais, ce nouveau voyage est un nouvel enchantement,
envoûtant, persistant, nourri de fado, de blues, de
flamenco, de toutes les musiques du cœur à travers
le monde, finement suggérées, sans jamais éclater
vraiment et sur lesquelles la voix extraordinaire de la chanteuse
façonne des ambiances très troublantes, sensuelles
et presque intimes. Ceci sans aucune fausse note, sans aucune
faute de goût, sans aucune concession à la facilité.
Rare et admirable.
Roland Caduf
© Jowebzine.com - Novembre 2003
Site :
Puisque l’officiel www.lhasadesela.ca
n’est pas encore opérationnel, allez sur le très
beau http://mapage.noos.fr/weblhasa/
sans oublier le site de son excellent label www.totoutard.com,
dont le seul défaut est d’abriter en son sein
un insupportable fils à papa prétentieux, plagieur
et sans aucun intérêt.
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