MONSIEUR
LUNE
Déguisé en moi
(Demain la Veille/Codaex - 2004)
1. Moi
2. Le fort de Gênes
3. Madame Monsieur
4. Y’a plus d’papa
5. Le nouveau nez
6. Margot
7. Lunette
8. Dans un restaurant d’Anvers
9. Comme vous et moi
10. Rémi Papillon
11. Ballade en si bémol
Un
album, une rencontre, quelques influences et ambiances familières…
Monsieur Lune c'est un peu tout ça, avec en prime une
jeune femme qui se déshabille sur la pochette !
Il m’arrive de temps à autre d’aller me restaurer
dans une petite auberge de la rue Cardinet, sympathique cuisine
familiale franche et sans chichi dans un cadre suranné
vieux rustique -nappes à fleurs synthétiques.
Le genre d’endroit fréquenté par les habitués
qu’on finit par saluer aussi bien que la patronne en entrant.
Parmi les habitués, justement, une petite vieille dame
toujours bien mise. Elle, elle vient tous les jours. Bavarde
comme pas deux, il lui arrive de quitter sa banquette pour aller
tailler une bavette avec d’autres attablés. Un
petit accent du Sud-Ouest et quelques traits d’humour,
suranné eux aussi, "Allez, mangez, vous ne savez
pas qui va vous manger" ou du même genre. Il faut
bien avouer que quand on est pressé, on évite
même de croiser son regard pour pas qu’elle prenne
ça pour une invite à la discussion. D’autant
qu’on n’est pas tout à fait sûr qu’elle
ait tout à fait bien, sa tête.
Je reçois souvent par la poste, via les labels, des disques
en passe de sortir. Artistes connus ou pas du tout. Du bon et
du mauvais à la clé chez les deux. Fin octobre,
je réceptionne le CD et le dossier promotionnel de Monsieur
Lune. Ca vient du jeune label Demain La Veille, celui qui nous
avait fait découvrir Tétard il y a quelques mois.
Chanson française à textes, arrangements simples,
tranches de vie, faits divers, voix légèrement
fêlée. Quelques passages un peu latinos soutenus
par la jolie voix de Marta Domingo. (Et la fille qui se déshabille,
sur la pochette, c’est qui ?). Ambiance désenchantée
dans la veine néo-réaliste par un jeune gavroche
de vingt-cinq ans, nourri au Renaud et aux Têtes Raides.
J’écoute avec intérêt et bienveillance.
Même si l’impression de déjà entendu
plane un peu dans mes écouteurs, la tendresse romantique,
le sourire en coin et la sincérité du personnage
le rendent attachant. Chronique en vue.
Dans le même temps, je me pointe un midi au restau de
la rue Cardinet. La petite vieille dame est là, toute
seule. Sur sa table, disposés comme pour une exposition,
la plaquette, le CD et tous les documents promotionnels de Monsieur
Lune !
Intrigué, j’avise la patronne :
- C’est un artiste que vous connaissez ?
- Non-non, c’est le neveu de la dame.
Et la voilà qui lui glisse un mot à l’oreille…
- Vous connaissez mon neveu ? dit-elle en s’extirpant
de sa banquette pour se diriger vers la mienne.
- Ben, c’est à dire que, pas vraiment, mais euh…
Et voilà comment, au lieu de déguster mon lapin
confit, j’eus droit à des nouvelles de son neveu
Nicolas, mais aussi de sa famille, des derniers mariages…
Car Monsieur Lune, s’appelle en réalité
Nicolas Pantalacci. Je lui offre cette drôle (et véridique)
anecdote pour lui souhaiter bonne chance ainsi qu’à
son disque qu’on peut trouver dans les bacs depuis début
novembre.