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     MuSiQueS
 
MATTAFIX
Signs of a struggle
(EMI - 2005)

1. Gangster blues
2. Big city life
3. Passer by
4. To and from
5. Everyone around you
6. Clear and present danger
7. Older
8. I to you
9. Impartial
10. The means
11. 11.30
12. The forgotten
13. 555
14. Cool down the pace
Un beau duo pour un superbe premier album qui mêle toutes les influences de la scène londonienne, du rock à la soul, du trip hop à l’electro. À découvrir.


S’il fallait un symbole à la force d’attraction, au creuset musical, à l’effervescence créatrice du swinging London de ce début de siècle, Mattafix serait particulièrement bien choisi. Duo autonome et composite issu de l’immigration (Marlon Roudette, beau-fils de Neneh Cherry, est originaire de St Vincent, dans les Caraïbes ; Preetesh Hirji, son complice, plonge ses racines en Inde), c’est à Londres que ces deux-là se sont rencontrés pour composer un premier album qui n’est pas sans rappeler les débuts de Morcheeba, voire la recherche et l’engagement de Massive Attack, pas moins.

C’est que Mattafix ne se contente pas d’un énième cocktail dub, electro, soul, pop, dancehall, reggae et trip hop. Encore moins d’un exercice de style vain de producteur frustré noyé dans ses sampleurs et ses claviers. Non, Roudette et Hirji ont bien compris que sans "chansons", point de salut ! Et c’est bien cet attachement fort à la composition, la vraie, qui fait la différence. "Le contenu est essentiel, explique Marlon Roudette. J'ai étudié la littérature et je lis énormément de livres politiques. Tout ça m'aide dans mes textes. En fait, j'ai des paroliers fétiches selon les genres : Gregory Isaacs, Bob Marley et Dennis Brown pour le reggae. Robert Plant et Kurt Cobain pour le rock (...)". Il est des références moins prestigieuses…

Éclectique, Mattafix l'est donc aussi musicalement. Véritables juke-boxes humains, dotés d’une énorme créativité, ils mixent les styles avec un bonheur mélodique que l’on n’avait plus ressenti depuis les "parrains" déjà cités. Envoûtantes, faussement nonchalantes et réellement hypnotiques pour certaines (Gangster blues, Impartial), plus urgentes et intenses pour d’autres (Big city life), les chansons du tandem sont toutes marquées au sceau de la classe innée, immédiatement sensible.

Paradoxalement, c’est peut-être d’ailleurs là le seul défaut de Mattafix : offrir un album un peu trop lisse, trop propre sur lui, trop parfait. Chaque titre est un petit bijou enjôleur, parfaitement calibré, produit avec un soin extrême. On imagine aisément passer l’hiver bercé par la voix troublante, quasi-féminine, de Roudette, qui vient se lover dans les arpèges d’une guitare cristalline, d’un beat subtil, d’une sorte de blues-dub ou de soul sensuelle, à peine bousculée ici ou là par un boost rap millimétré. Mais après tout, doit-on se plaindre d’une telle maîtrise ? Ou simplement profiter du plaisir tiède de ces chansons parfaites…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2005
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