1. Gangster blues
2. Big city life
3. Passer by
4. To and from
5. Everyone around you
6. Clear and present danger
7. Older
8. I to you
9. Impartial
10. The means
11. 11.30
12. The forgotten
13. 555
14. Cool down the pace
Un
beau duo pour un superbe premier album qui mêle toutes
les influences de la scène londonienne, du rock à
la soul, du trip hop à l’electro. À découvrir.
S’il fallait un symbole à la force d’attraction,
au creuset musical, à l’effervescence créatrice
du swinging London de ce début de siècle, Mattafix
serait particulièrement bien choisi. Duo autonome et
composite issu de l’immigration (Marlon Roudette, beau-fils
de Neneh Cherry, est originaire de St Vincent, dans les Caraïbes
; Preetesh Hirji, son complice, plonge ses racines en Inde),
c’est à Londres que ces deux-là se sont
rencontrés pour composer un premier album qui n’est
pas sans rappeler les débuts de Morcheeba, voire la recherche
et l’engagement de Massive Attack, pas moins.
C’est que Mattafix ne se contente pas d’un énième
cocktail dub, electro, soul, pop, dancehall, reggae et trip
hop. Encore moins d’un exercice de style vain de producteur
frustré noyé dans ses sampleurs et ses claviers.
Non, Roudette et Hirji ont bien compris que sans "chansons",
point de salut ! Et c’est bien cet attachement fort à
la composition, la vraie, qui fait la différence. "Le
contenu est essentiel, explique Marlon Roudette. J'ai étudié
la littérature et je lis énormément de
livres politiques. Tout ça m'aide dans mes textes. En
fait, j'ai des paroliers fétiches selon les genres :
Gregory Isaacs, Bob Marley et Dennis Brown pour le reggae. Robert
Plant et Kurt Cobain pour le rock (...)". Il est des références
moins prestigieuses…
Éclectique, Mattafix l'est donc aussi musicalement. Véritables
juke-boxes humains, dotés d’une énorme créativité,
ils mixent les styles avec un bonheur mélodique que l’on
n’avait plus ressenti depuis les "parrains"
déjà cités. Envoûtantes, faussement
nonchalantes et réellement hypnotiques pour certaines
(Gangster blues, Impartial), plus urgentes et intenses pour
d’autres (Big city life), les chansons du tandem sont
toutes marquées au sceau de la classe innée, immédiatement
sensible.
Paradoxalement, c’est peut-être d’ailleurs
là le seul défaut de Mattafix : offrir un album
un peu trop lisse, trop propre sur lui, trop parfait. Chaque
titre est un petit bijou enjôleur, parfaitement calibré,
produit avec un soin extrême. On imagine aisément
passer l’hiver bercé par la voix troublante, quasi-féminine,
de Roudette, qui vient se lover dans les arpèges d’une
guitare cristalline, d’un beat subtil, d’une sorte
de blues-dub ou de soul sensuelle, à peine bousculée
ici ou là par un boost rap millimétré.
Mais après tout, doit-on se plaindre d’une telle
maîtrise ? Ou simplement profiter du plaisir tiède
de ces chansons parfaites…