PAUL
McCARTNEY
Chaos and creation in the backyard
(Capitol Records - 2005)
1. Fine line
2. How kind of you
3. Jenny Wren
4. At the mercy
5. Friends to go
6. English tea
7. Too much rain
8. A cartain softness
9. Ridding to Vanity Fair
10. Follow me
11. Promise to you girl
12. This never happened before
13. Anyway
When
he was a Fab 4 ou comment Sir Paulo nous revient après
quatre longues années d’absence avec un album studio
à son image : simple, sincère, intemporel…
mais finalement pas aussi prévisible que l’on aurait
pu le croire.
Le petit jardin derrière la maison de Paul a du effectivement
en subir des viscicitudes bien plus préjudiciables qu’une
alerte de sauterelles sahariennes ou que la construction d’une
cabane dont même ce bon Francis C. ne se souvient plus
de l’utilité. Oui, depuis cette époque revigorante
des sixties où la maison familiale subissait les assauts
répétés des hordes de midinettes liverpuldiennes
en larmes puis, ensuite, de celles beaucoup moins agréables
de photographes peu scrupuleux, le chaos a eu en effet tout
loisir de s’installer dans le jardin de Paul.
Sa dernière incartade avait pris les traits de la grande
faucheuse en emportant sa chère Linda en 1998. Cette
épreuve allait aboutir à la réalisation
d’un album à la beauté sombre et introspective,
Driving rain, sans aucun doute l’un des tout meilleurs
albums de 2001.
Comme Paul le dit si bien dans Fine line, le premier morceau
de son nouvel album : "There is a long way between Chaos
and creation". 2005, nouvelle année, nouvelle compagne,
nouvelle ambiance. Place donc à la création. Le
ton se veut nettement plus enjoué. Adieu mélancolie
dévoreuse. La patte McCartnienne est toujours inimitable
et présente : attaque des touches "ivoire et ébène"
du grand piano, lignes ronflantes de basse-Hofner, arrangements
de cordes. Que voulez-vous, à près de 63 ans on
ne se refait pas aussi facilement. How kind of you qui lui succède
peut s’interpréter comme un remerciement non déguisé
à Heather, sa nouvelle compagne. Première surprise
: sur ce titre, l’emploi disert de boucles a pour effet
de soutenir la mélodie sans toutefois l’étouffer
et de lui conférer un petit côté Coldplay/Radiohead
pas désagréable.
Survient alors une des petites pépites de l’album,
le très Dickensien Jenny Wren. Juste une guitare sèche,
la voix et la mélopée discrète du Duduk
ce petit instrument à vent si prisé en Anatolie
et en Arménie. Les flashs et les références
remontent alors à la surface : Blackbird, Mother nature's
son et le plus récent Calico skies. Définitivement,
Paul le possède. Le don, en l’espèce, de
la ritournelle simple, instantanément gravée pour
les pff….40 années à venir. A cette facilité
déconcertante (se souvenir de Yesterday) s’ajoute
également la faculté de Paul à trouver
en quelques mots l’enchaînement gagnant : At the
mercy (of a busy road) en est une fois de plus un exemple criant.
A noter sur ce morceau ainsi que, seconde surprise, sur le très
brésilien A certain softness, la participation de l’ex-Jellyfish,
Jason Falkner à la guitare. Friends to go donne un petit
aperçu de ce à quoi ressemble une chanson où
Paul s’essaye au registre de son cadet et regretté
George Harrison. English tea, à l’ambiance très
Shellerienne, marque un retour vers l’univers sonore et
rédactionnel plus familier de Paul : rythmique syncopée
au piano, fascination pour les tournures de phrases à
la politesse britannique toute débordante (would you
care to sit with me for a cup of tea ?).
Autre gem de ce disque, Too much rain. Inspirée par Charlie
Chaplin, cette chanson, Paul l’a véritablement
conçue comme une thérapie personnelle au blues,
au spleen des lendemains qui déchantent. Return to vanity
fair, à l’ambiance plus pesante, constitue ici
encore une réelle nouveauté dans le choix du rythme
ainsi que le recours au Glockenspiel, instrument cher à
Mike Oldfield. La dernière ligne droite du disque oscille
entre le déjà entendu et moins novateur (Follow
me) et le très entraînant Promise to you girl aux
harmonies vocales faisant penser étrangement à
mon trio texan préféré (King’s X)
s’évertuant à singer leurs idoles…
les Beatles bien évidemment.
Dans son habit de crooner, on le sait bien depuis belle lurette,
Paul excelle : This never happened before nous le prouve une
fois encore. Pour l’anecdote, cette silly love song, Paul
en a fait profiter un jeune couple pour ouvrir leur cérémonie
de mariage, et ce avant même la sortie de l’album.
Belle preuve de confiance en nos jours de téléchargement
excessif… Enfin, Anyway vient, dans un registre très
proche de The long and winding road, clore (ou presque si l’on
tient compte du dernier morceau masqué) un album sans
aucune faute de goût, offrant suffisamment de repères
sonores aux aficionados tout en se démarquant de ses
prestigieux prédécesseurs. Une fois encore chapeau
bas Sir…
PS : une fois encore, pour un maigre supplément, optez
pour l’édition limitée offrant un DVD bonus
vous plongeant dans les coulisses de l’enregistrement.