Il
nest jamais facile de donner un avis tranché sur un disque
de Christophe Miossec.
Au-delà de laustérité de linterprétation,
de la monotonie des mélodies et de la tristesse des thèmes
abordés, on est surtout confronté à une affreuse
question, presque un dilemme : est-il normal que je doive faire un
effort pour entrer dans un disque ?
Parce quon nentre pas chez Miossec sans effort . Effort
de concentration, de compréhension, dadhésion
; on nest jamais happé demblée par les mélodies
ni par les paroles quand on lécoute. Et quand on en parle
autour de soi, cest à qui le premier avouera (au grand
soulagement des autres) quil a trouvé ça chiant,
finalement.
Alors bien sûr, la facilité cest effectivement
de trouver ça chiant, monotone et déprimant, tout en
convenant quil y a un certain style et un certain talent derrière
tout ça. Allez, hop, emballez, cest pesé. Javoue
que jai été moi-même assez tenté
de traiter ma chronique de cette façon.
Et puis plus jécoute Brûle, plus je me dis que
le travail, la sincérité et le style de Miossec, sils
ne sont effectivement pas primesautiers, ne méritent pas pour
autant le rejet. Dautant plus que musicalement cet album a gagné
par rapport aux précédents : la base "chant de
marin" caractéristique (origine Brest-Finistère
oblige) sest enrichie de discrets accents interceltiques, de
quelques churs par-ci, dun thème tzigane par-là,
et même de quelques programmations et samplings de bon aloi.
Les textes, eux, sont toujours aussi tourmentés et obscurs,
mais ça, cest la marque de fabrique.
Avec sa voix fumée, aux troublants accents gainsbourgiens,
Miossec nous présente une personnalité propre, un genre
bien à lui, sans artifices et finalement assez attachant. Un
garçon honnête et sans fard (même sil est
breton), qui a enregistré Brûle à la campagne,
avec ses amis, autour dun mouton à la broche, dun
barbecue géant, du chat, des femmes, de lapéro
de midi, du billard entre deux prises, tous ces micro-événements
qui font la vie et quil nous fait partager simplement, en album
photos, dans la pochette. Une sérénité et une
joie de vivre qui contrastent avec les thèmes des chansons
; assez pour nous rassurer et nous faire dire que, finalement, Miossec,
cest peut être à prendre avec du recul et moins
de prétention. Pas la sienne, la nôtre.
Vu sous cet angle, leffort paraît moindre et cest
donc de cette façon que je vous incite à aller vous
chauffer auprès du tendre Miossec qui Brûle, après
Boire, Baiser et A prendre, titres de ses précédents
albums qui laisseront assurément leur trace dans la chanson
française. Tout le monde peut-il en dire autant ?
Site : le très officiel et très
chic www.christophemiossec.com,
dont la prétention contraste avec lidée quon
se fait du personnage... Où est la vérité ?