MOTT THE HOOPLE
All the young dudes
(Legacy/Columbia - 1972)
1 . Sweet Jane
2 . Momma’s little jewel
3 . All the young dudes
4 . Sucker
5 . Jerkin’ Crocus
6 . One of the boys
7 . Soft ground
8 . Ready for love / After lights
9 . Sea diver
Histoire
de la résurrection en 1972 d’un groupe moribond, sous
la généreuse impulsion d’un magicien aux yeux
vairons.
- Allo, David ? C’est Pete Overend Watts. Juste pour savoir
si t’aurais pas un job de bassiste pour moi…
- Overend ! Tu quittes Mott the Hoople ?
- Non, c’est le groupe qui splitte ! Pas assez de succès…
Les concerts, ça va, on fait toujours le plein, mais les disques
se vendent pas. Le label (Island) ne nous suit plus. On est dégoûté.
On arrête. On cherche tous du boulot.
Nous sommes en 1972. David Bowie est stupéfait. Mott the Hoople,
groupe qu’il adore et dont la glamissime attitude est en train
de l’inspirer pour son prochain virage (Ziggy Stardust n’est
encore qu’en gestation) va disparaître ? Impossible !
Alors il décide de les reprendre en main en leur offrant le
fameux hit qui manquait à leur carrière. Ou plutôt
en leur ré-offrant Suffragette City (1), qu’il leur avait
déjà proposé l’année d’avant…
Eh bien non, ils n’en veulent toujours pas ! "Pas assez
bon", d’après eux… Alors il persiste et leur
balance de derrière les fagots la démo de All the young
dudes, chef d’œuvre d’inventivité mélodique,
parolistique, bijou pop avec un refrain en forme d’hymne imparable…
qui aurait eu sa place dans les tout meilleurs de sa propre carrière.
Eh bien, pour sauver Mott the Hoople, Bowie leur sert ce parfait morceau
sur un plateau. Ian Hunter (le charismatique chanteur du groupe) pleure
("J’aurais attendu toute ma vie pour chanter une chanson
comme celle-là"). Et pour aller au fond des choses, notre
salvador décide de produire himself le nouvel album et de trouver
un nouveau label (CBS) pour le sortir. Le single et l’album
font un carton instantané et Mott The Hoople ressuscité
peut repartir sur le chemin caillouteux du succès.
Difficile de parler de MTH sans évoquer le fantasque et créatif
producteur Guy Stevens qui avait défini en 1967 (lors d’un
petit séjour en prison pour trafic de came) le groupe rock
parfait : la voix de Bob Dylan, l’orgue de Procol Harum, la
rythmique des Stones et s’appeler Mott The Hoople (titre d’un
bouquin de Willard Manus qu’il avait lu en tôle)…
En quête de cette formation modèle, il auditionnait par-ci
par-là… Jusqu’à ce qu’un combo anglais
du Herefordshire (contradictoirement dénommé Silence)
lui passe une cassette. Il est séduit, mais il ne veut pas
du chanteur (le pauvre et peu rancunier Stan Tippins qui deviendra
du coup simple road manager du groupe). On passe une annonce et une
espèce de gros babos à l’improbable dégaine
parachevée par d’énormes lunettes de soleil vient
leur balancer une version déjantée au piano du Like
a rolling stone de Dylan. Pour Stevens, il n’y a aucun doute,
ecce homo : il s’appelle Ian Hunter Patterson. Juin 1969 : Mott
the Hoople, son groupe idéal, est sur les rails !
Et il défraie rapidement la chronique, grâce principalement
à des prestations scéniques complètement folles,
grandiloquentes et débridées, qui aboutiront à
un véritable Rock’n’roll Circus avec jongleurs,
acrobates, clowns... Rapide symbole de l’émergeant mouvement
glam rock, sa dégaine est déjà un spectacle à
lui tout seul : chevelures extravagantes, platform cuissardes, pantalons
moule burnes, bagouzes à têtes de mort, torses velus,
chaînes… le tout sur des compositions dylanesques à
la sauce heavy. On frise le bon goût sans jamais vraiment l’atteindre…
Et ça plaît ! Le public ébahi se presse surexcité
aux concerts de la bête curieuse, mais n’achète
pas ses disques car il ne s’y reconnaît pas ; trop différents,
trop sages et trop travaillés, sans doute - même si la
plupart ont été enregistrés en conditions live.
Cinq albums entre 69 et 72, une multitude de tournées harassantes
où la forme prend le pas sur le fond (les gens venaient plutôt
voir un show qu’écouter la musique, ce qui finit par
frustrer quand on est musicien), et le groupe, au bout du rouleau
décide en mars 72 de jeter l’éponge.
Jusqu’à ce fameux disque-rebond, All the young dudes,
sixième opus piloté de (par la) main de (du) maître
(accessoirement aux chœurs et au saxophone), orchestré
par Mick Ronson, où - outre l’éponyme joyau -
on trouve d’entrée une très inspirée reprise
du Sweet Jane de Lou Reed, des compositions équilibrées
du groupe sur base folk (on pense à Dylan mais aussi au George
Harrison de All things must
pass) ou carrément rock’n’roll (difficile de
ne pas remarquer que les Mott ont partagé les studios avec
les Rolling Stones(2)) pour s’achever sur une magnifique ballade
dépouillée de Ian Hunter au piano. Une sorte de chef
d’œuvre oublié, figuratif d’une époque,
qui a sa place au Panthéon du rock, entre T
Rex et Ziggy.
Et la suite ? Eh bien encore deux albums, Mott (excellent, chaperonné
cette fois par les Roxy Music Andy MacKay et Brian Eno) en 73, puis
The Hoople en 74. Quelques changements de personnel (le guitariste
Mick Ralph étant allé entre temps fonder Bad Company
avec Paul Rodgers) et une grosse tournée avec un groupe prometteur
en première partie qui lui a volera petit à petit la
vedette : c’était Freddie Mercury et Queen
qui montaient vers le succès alors que Ian Hunter et Mott the
Hoople entamaient leur chant du cygne (séparation définitive
en décembre 74). C’est la vie, c’est le rock’n’roll
et c’est une autre histoire…
(2) Les Stones qui ont de leur côté, et à cette
occasion, piqué le titre d’un album que Guy Stevens avait
inventé pour Mott : Sticky fingers !
PS : Cet album a été récemment réédité
(chez Sony Music BMG), avec une tripotée de bonus (demos, versions
live…) plus ou moins dispensables SAUF… la version inédite
– 1972 - du fabuleux anthem All the young dudes, chanté
par Mr David Bowie himself accompagné par les Mott the Hoople
! Exceptionnel est un faible mot, magnifique également…