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     MuSiQueS
 
JOANNA NEWSOM
Ys
(Drag City - 2006)

1. Emily
2. Monkey & bear
3. Sawdust & diamonds
4. Only skin
5. Cosmia
Pour son deuxième essai studio, la petite blondinette Canadienne est en passe de se faire canoniser dans le monde trépidant de la sphère indie.


Son Milk-eyed mender avait déjà pas mal intrigué lors de sa sortie en 2004. Seule, aidée par sa simple harpe, Joanna se posait tranquillement avec ses petites comptines pop au charme dévastateur. Si la voix suraigue à la limite du nasillard peut surprendre au début, impossible de ne pas se laisser porter par ces mélodies lunaires et enchanteresses. Malgré tout l’intérêt de sa musique et la relative originalité de son univers, son premier album pêchait néanmoins par manque de relief sur la longueur.

C’est donc après deux ans de durs labeurs sur les routes du monde entier que Joanna s’est remise à composer. Adoubée par des parrains aussi prestigieux que Van Dyke Parks pour les arrangements, et Jim O’Rourke et Steve Albini pour la production, la demoiselle de 24 ans se dote pour ce Ys d’un plumage qu’on l’on espère aussi chatoyant que son plumage.

Doté de ces fameux collaborateurs, Ys a des allures de projet ambitieux à la limite du caprice mégalo. Visez plutôt. Ys est composé de cinq titres allant de 7:17 pour le plus court à 16:53 pour le plus long. La pochette représente un tableau de la chanteuse accoutrée de vêtements du Moyen Age. Bref tout ça ne sent guère très bon au moment où notre doigt hésitant se rapproche du bouton Play de la chaîne.

C’est par un mur de cordes que commencent les premières minutes de Ys. Si chez certains ces arrangements empruntent plus au pompeux qu’autre chose, ces touches symphoniques se fondent ici complètement dans la musique sans prendre le pas sur le reste. Et alors qu’elle aurait pu en faire des tonnes avec ses nouveaux joujoux, la chanteuse se sert de l’orchestre comme d’un simple appui pour des morceaux dont la véritable moelle se trouve être tout simplement la voix et la harpe. Le travail de production est à ce titre remarquable. Il faut d’ailleurs une dizaine d’écoute avant de tirer toutes les subtilités de cet album à tiroir.

Et c’est bien là toute la qualité de Ys. La première écoute nous fait comprendre tout simplement qu’on est là face au genre de petite œuvre d’art qui est prête à se dévoiler tranquillement en prenant le temps de se laisser apprivoiser. Contrairement à d’autres qui ne jurent que par le sempiternel couplet / refrain / pont, Newsom se fout des formats et ne cherche même pas à incorporer de single dans son album. La petite a presque des allures d’extra-terrestres dans le monde bien établi de la pop. Il est en effet assez rare ces temps-ci de se retrouver en face d’objets dont on sait rapidement qu’ils vont nous accompagner dans les années à venir. Frais et terriblement séduisant, Ys a bel et bien les atours du classique indéfinissable qui nous avait fait aimer par exemple des artistes comme Kate Bush. La comparaison n’est d’ailleurs pas si anodine. Les deux dames partagent le même goût pour les symphonies miniatures, les voix haut perchées et les pochettes d’album au goût douteux.

Comme toute musique hors norme, Ys se laisse dompter sur la longueur. Mais une fois complètement assimilé, pas de doute que l’on ait à faire là à l’une des choses les plus enthousiasmantes de l’année écoulée.


Julien Goarnisson
© Jowebzine.com - Novembre 2006



Sites
- www.myspace.com/joannanewsom
- www.dragcity.com/bands/newsom.html
- www.fromamouth.com/milkymoon
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