Pour
son deuxième essai studio, la petite blondinette Canadienne
est en passe de se faire canoniser dans le monde trépidant
de la sphère indie.
Son Milk-eyed mender avait déjà pas mal intrigué
lors de sa sortie en 2004. Seule, aidée par sa simple harpe,
Joanna se posait tranquillement avec ses petites comptines pop au
charme dévastateur. Si la voix suraigue à la limite
du nasillard peut surprendre au début, impossible de ne pas
se laisser porter par ces mélodies lunaires et enchanteresses.
Malgré tout l’intérêt de sa musique et la
relative originalité de son univers, son premier album pêchait
néanmoins par manque de relief sur la longueur.
C’est donc après deux ans de durs labeurs sur les routes
du monde entier que Joanna s’est remise à composer. Adoubée
par des parrains aussi prestigieux que Van Dyke Parks pour les arrangements,
et Jim O’Rourke et Steve Albini pour la production, la demoiselle
de 24 ans se dote pour ce Ys d’un plumage qu’on l’on
espère aussi chatoyant que son plumage.
Doté de ces fameux collaborateurs, Ys a des allures de projet
ambitieux à la limite du caprice mégalo. Visez plutôt.
Ys est composé de cinq titres allant de 7:17 pour le plus court
à 16:53 pour le plus long. La pochette représente un
tableau de la chanteuse accoutrée de vêtements du Moyen
Age. Bref tout ça ne sent guère très bon au moment
où notre doigt hésitant se rapproche du bouton Play
de la chaîne.
C’est par un mur de cordes que commencent les premières
minutes de Ys. Si chez certains ces arrangements empruntent plus au
pompeux qu’autre chose, ces touches symphoniques se fondent
ici complètement dans la musique sans prendre le pas sur le
reste. Et alors qu’elle aurait pu en faire des tonnes avec ses
nouveaux joujoux, la chanteuse se sert de l’orchestre comme
d’un simple appui pour des morceaux dont la véritable
moelle se trouve être tout simplement la voix et la harpe. Le
travail de production est à ce titre remarquable. Il faut d’ailleurs
une dizaine d’écoute avant de tirer toutes les subtilités
de cet album à tiroir.
Et c’est bien là toute la qualité de Ys. La première
écoute nous fait comprendre tout simplement qu’on est
là face au genre de petite œuvre d’art qui est prête
à se dévoiler tranquillement en prenant le temps de
se laisser apprivoiser. Contrairement à d’autres qui
ne jurent que par le sempiternel couplet / refrain / pont, Newsom
se fout des formats et ne cherche même pas à incorporer
de single dans son album. La petite a presque des allures d’extra-terrestres
dans le monde bien établi de la pop. Il est en effet assez
rare ces temps-ci de se retrouver en face d’objets dont on sait
rapidement qu’ils vont nous accompagner dans les années
à venir. Frais et terriblement séduisant, Ys a bel et
bien les atours du classique indéfinissable qui nous avait
fait aimer par exemple des artistes comme Kate Bush. La comparaison
n’est d’ailleurs pas si anodine. Les deux dames partagent
le même goût pour les symphonies miniatures, les voix
haut perchées et les pochettes d’album au goût
douteux.
Comme toute musique hors norme, Ys se laisse dompter sur la longueur.
Mais une fois complètement assimilé, pas de doute que
l’on ait à faire là à l’une des choses
les plus enthousiasmantes de l’année écoulée.