1. Scott Walker - Mathilde
2. Dusty Springfield - If you go away
(Ne me quitte pas)
3. David Bowie - Amsterdam
4. The Sensationnal Alex Harvey Band
Next (Au suivant)
5. Divine Comedy - Jackie
6. Paul Armfield
Why should it be that a man gets bored
(Pourquoi faut-il que les hommes s’ennuient ?)
7. Jimmie Rodgers - The lovers
(Les amants de cœur)
8. Dionne Warwick - If we only have love
(Quand on n’a que l’amour)
9. Scott Walker - The girls and the dogs
(Les filles et les chiens)
10. Anne Watts - Amsterdam
11. Emiliana Torrini - If you go away
(Ne me quitte pas)
12. Gavin Friday and The Man Seezer
Next (Au suivant)
13. Marc Almond - Litany for a return
(Litanies pour un retour)
14. Nina Simone - The desperate ones
(Les désespérés)
15. Terry Jacks - Seasons in the sun
(Le moribond)
AU
SUIVANT ! AU SUIVANT !
Un choix éclectique de reprises en anglais de chansons
de Jacques Brel par un aréopage d’artistes très
inspirés. Etonnant et formidable !
Attention : cet album qui vient de sortir n’est pas un
"tribute". Je veux dire qu’on n’a pas
réuni une brochette d’artistes exprès pour
rendre hommage à Jacques Brel par des reprises plus ou
moins inspirées. Non, ce disque est constitué
de morceaux de Brel enregistrés en anglais, entre 1967
et 2004 par des chanteurs de tous styles, dans leurs versions
personnelles, au fil du temps. Ce qui confère à
cet ensemble décousu, une intéressante et excitante
variété dans la découverte de morceaux
connus revisités, relookés et redimensionnés.
Et parfois même magnifiés.
Mais il faut d'abord savoir que l’impact des chansons
de Jacques Brel sur le public anglophone est originellement
indirect. D’ailleurs Brel s’en foutait bien de conquérir
les ricains et les roastbeefs (1). En fait, c’est via
les adaptations du poète Rod McKuen puis de Mort Schuman
(oui-oui, l’homme de la neige sur le Lac Majeur !) interprétées
façon "crooner" par le chanteur Scott Walker,
que les chansons du grand Jacques ont passé la Manche
et l’Atlantique. Et la plupart des artistes ici présents
sont en réalité, à la base, des admirateurs
de Scott Walker qui n’ont découvert Brel que par
conséquence procurative.
En tout état de cause, c’est la qualité
et la force des chansons elles-mêmes qui a inspiré
nos repreneurs, au rang desquels quelques pointures comme David
Bowie dont on découvre une version en public d’Amsterdam
(2) datant de 1970, voix-guitare 12 cordes, mal enregistrée
mais extrêmement poignante. Tout comme la très
différente version du même morceau par l’excellente
Anne Watts. Scott Walker est là aussi, normal, mais un
peu suranné quand même. Ce qui n’est pas
le cas d’Alex Harvey, interprète en 1973 d’un
sensationnel Next (Au suivant), grand moment de l'album, extraordinairement
déjanté et magnifiquement orchestré. Génial
! Divine Comedy donne un excellent Jackie accordéon-guitare
et la très jeune Emiliana Torrini (petite Björk)
une très sensible version trip-hop d’If you go
away, allégé de ses ridicules paroles françaises.
Marc Almond (ex-Soft Cell) est magnifique dans sa Litanie, tout
comme l’ex-Virgin Prunes Gavin Friday dans son Next électrique
qui rebondit sur celui d’Alex Harvey . On appréciera
énormément la voix chaude de Paul Armfield pour
une déclinaison folk irlandaise d’un morceau peu
connu de Brel à la mélodie proche d’un Vesoul
lent. Et puis Terry Jacks qui fit un tube en 74 avec un Moribond
parfaitement pop. Sans oublier les deux grandes : Dionne Warwick
- parfaite dans un If we only have love plein de brio, de voix
et de corps - et Nina Simone - tout en sensibilité et
en retenue, piano seul et voix susurrante.
Formidable réussite, cette compilation n’est pas
un hommage à un chanteur belge, plutôt un hymne
à l’universalité des bonnes chansons populaires
et à l’infinité de leurs déclinaisons.
(1) Petite anecdote : de passage à Paris dans les années
70, David Bowie, superstar, avait souhaité rencontrer
Jacques Brel. Ce dernier avait violemment repoussé la
proposition en précisant qu’il n’en avait
rien à foutre de rencontrer ce "petit pédé".
(2) Amsterdam, dont le thème musical est quasiment calqué
sur l’air traditionnel Greensleeves.