CD1
1. Si rien ne bouge
2. Septembre en attendant
3. One trip one noise
4. A l'envers a l'endroit
5. Les écorchés
6. Le grand incendie
7. Le fleuve
8. La chaleur
9. Des armes
10. Ernestine
11. Tostaky
12. Lazy
CD2
1. Pyromane
2. A l'arrière des taxis
3. Lolita nie en bloc
4. L'homme presse
5. Des visages des figures
6. Bouquet de nerfs
7. Le vent nous portera
8. 21st century schizoid man
9. Ces gens-là
10. Comme elle vient
11. A ton étoile
12. Ce n'est pas moi qui clame
Certainement
l’événement rock le plus important de cette
rentrée pour la scène française, ce double
album En public de Noir Désir vient rappeler, à
point nommé, la suprématie artistique du groupe
bordelais.
Le premier album live de Noir Désir depuis Dies irae
(1994) vient de loin. De très loin. De ce début
des années 80 bordelais et de la rencontre initiale qui
fit de trois lycéens le noyau dur, et un peu fou, d’un
projet qu’ils ne croyaient sans doute ni si fort, ni si
profond. Un seul musicien à l’époque : Serge
Teyssot-Gay qui avait déjà derrière lui
plusieurs années de guitare. Bertrand Cantat ne s’imaginait
pas autrement qu'en chanteur. Pour ne pas être en reste,
Denis Barthe, qui n’avait jamais touché une batterie
de sa vie affirma maîtriser les fûts…
Vingt-cinq ans plus tard, les gamins du bord de la Garonne ont
abandonné le pluriel de leur patronyme originel (Noirs
Désirs), ont digéré une carrière
menée tambour battant avec la générosité
pour seule ligne de conduite et ont politisé leur discours
et leurs actes. Ils sont devenus les grandes gueules du rock
français, les maîtres à penser différemment
de toute une génération bien décidée
à refuser certains compromis.
On a pourtant bien cru, à l’été 2003,
que tout était fini. Que le destin s’en était
mêlé et avait définitivement eu raison des
irréductibles empêcheurs de tourner en rond du
microcosme culturel. De ces emmerdeurs qui vendaient leurs albums
par centaines de milliers d’exemplaires sans jamais daigner
faire allégeance à la toute puissante télévision.
Qui ne se montraient que pour fustiger violemment leur maison
de disque (Victoires de la musique 2002) accusée de brader
la diversité culturel pour mieux formater et racketter
une clientèle passive et soumise.
Et puis, divine surprise, les Noir Désir sont de retour
dans les bacs. Avec un projet planifié dès la
tournée qui aura suivi la sortie du magnifique Des visages
des figures en 2001. Une soixantaine de concerts plus tard (donnés
en 2002 et 2003 en France, mais aussi au Canada, en Suisse et
au Moyen-Orient), tous enregistrés intégralement,
la matière brute est là, disponible sur la table
de mixage. Serge Teyssot-Gay, Jean-Paul Roy (qui a remplacé
Frédéric Vidalenc à la basse en 1996 lors
des sessions d’enregistrement de 666.6667 club) et Denis
Barthe se mettent au travail au studio du Manoir à Léon.
Mais le drame d’août 2003 survient à Vilnius,
interrompant brusquement ce projet devenu dérisoire.
Deux ans de silence digne s’en suivent.
Aujourd’hui, Noir Désir reprend la parole après
avoir laissé s’écouler un délai jugé
"raisonnable" par le groupe et son label qui réaffirment
la nécessité de faire "la part des choses
entre la vie privée de Bertrand Cantat et l’œuvre
artistique du groupe". Un DVD (En images) et ce CD (En
public) sont donc les témoignages d’une époque
fastueuse, d’une période d’intense créativité,
de plénitude artistique, de maîtrise totale d’un
art à son sommet. Le témoignage aussi, sans doute,
d’une page désormais tournée de l’histoire
mouvementée du quatuor.
Alors on se plonge sans retenue dans cet océan immense,
noir, puissant. Vingt-quatre titres retraçant avec bonheur
et émotion les différentes époques du groupe
hexagonal le plus marquant, le plus riche par ses références,
son répertoire, son engagement et son intransigeance
politique et artistique.
En longs morceaux étirés sur scène comme
pour mieux en extraire l’essence subtile, Bertrand Cantat
chante avec un cœur gros comme ça, avec cette sincérité
qui vous fait dresser le poil, vous réveille la conscience
et vous donne de l’énergie pour le reste de votre
existence. Derrière lui, la batterie et les chœurs
impeccables de Denis Barthe soutiennent sans faille la guitare
de Serge Teyssot-Gay et la basse de Jean-Paul Roy. Mixé
"pour" la scène, donnant à entendre
le concert du point de vue du groupe et non de celui du public,
ce double album transforme l’auditeur en cinquième
Noir Désir.
Alors, on se repasse inlassablement les "versions longues"
(mais que l’on trouve encore trop courtes) de One trip
one noise, Le grand incendie, Le fleuve ou Des visages des figures.
On frémit à l’interprétation lyrique
des Armes de Léo Ferré (où l’on se
dit que Noir Désir lui doit décidément
beaucoup) et de Ces gens-là de Jacques Brel… et
on pleure. Pourtant, on est heureux. Heureux de retrouver Le
vent l’emportera (le tube assumé), L’homme
pressé ou A l’envers à l’endroit…
Heureux surtout de retrouver ceux qui nous ont tellement manqué
depuis deux ans. Heureux d'écouter enfin un album dont
on veut croire qu’il ne sera pas le dernier, même
s’il ressemble tellement à une conclusion parfaite.