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     MuSiQueS
 
HOMMAGE A CLAUDE NOUGARO
1929 - 2004
Son cœur s’est arrêté ce jeudi 4 mars, mais ses mots continueront de sauter sur ses notes pour une éternité au moins.


Septembre 1985 : j’arrivais à peine du Havre. Paris m’accueillait avec ses monuments, ses quartiers, ses théâtres, ses salles de concerts. Délicieuse frénésie de la découverte jusqu'à l’hypothétique épuisement. Car les semaines n’avaient pas assez de sept soirées pour réussir à me faire mettre genou à terre, encouragé que j’étais par un défilé continu de visiteurs de province attirés par mes cris d’émerveillement.

Septembre 1985 : Serge Gainsbourg est au Casino de Paris, Claude Nougaro à l’Olympia et mon frère quelques jours avec moi. Le programme ira de soi. Après une impressionnante claque par Gainsbourg et ses musicaméricains (période Love on the Beat), nous nous ré-exposons dès le lendemain à un double choc. Deux symboles du music-hall s’offrent à nous : l’Olympia, à l’époque encore tout empreint de son histoire et Nougaro, un de ses piliers les plus sûrs.

La salle rouge et noire, un son impressionnant (à la fois net et feutré), un trio piano-contrebasse-batterie (Maurice Vander - Pierre Michelot - Bernard Lubat) et, dans la poursuite blanche affolée par ses incessants aller-retours sur l’avant scène, un grand petit homme tout en noir à la voix fascinante, qui envahit tout. Impressionnante présence de cet homme-voix et de ses mots, traités comme de véritables instruments eux aussi. Car tout le travail de ce poète unique dans son genre - au-delà des idées développées au travers de textes bâtis la plupart du temps comme de véritables petits scénarios - consistait à placer les mots pour qu’ils sonnent comme des percussions, des cordes, des cuivres ou un orchestre. Et ceci dès ses premières compositions comme Le jazz et la java, véritable illustration par l’exemple de ce qui précède, mais également parfaitement représentative de l’approche musicale de l’artiste : le mariage des styles musicaux, du jazz au classique, de la bossa-nova au funk... du moment que ça swingue ! Puisant abondamment dans les standards du jazz (A bout de souffle), du gospel (Armstrong), de la musique brésilienne (Tu verras), africaine (Locomotive d’or), Nougaro transforme les airs de toutes origines en chansons (il composera l’hymne à sa ville, Toulouse, en s’inspirant du carillon de l’église des Minimes) qu’il imprègne de la très forte personnalité de ses arrangements et de son interprétation.

Après un concert marathon où il donna sans économie une grosse partie de son fabuleux répertoire (Les Don Juan, Une petite fille, Le Cinéma, Cécile ma fille, La pluie fait des claquettes, Quatre boules de cuir, Paris mai, Le coq et la pendule... que des chefs d’œuvres !) ainsi que quelques reprises (comme L’accordéoniste d’Edith Piaf), nous sommes restés interdits dans la salle presque vide. Et comme pour répondre à un irrésistible besoin de prolonger ce moment d’exception, nous avons tenté le coup de nous introduire dans les coulisses, jusqu'à la loge entrouverte où Claude Nougaro, seul, en peignoir et équipé d’impressionnantes lunettes à cul-de-bouteille nous a accueillis comme des amis, nous demandant si le concert nous avait plu, d’où nous venions... On ne sait jamais trop quoi dire dans de pareils instants, à part des banalités qu’on regrette après coup. Avec un gros stylo-feutre, il a attrapé notre programme et y a inscrit cette phrase, encore énigmatique et surtout très émouvante pour nous aujourd’hui : "Ah la belle traversée ! Claude Nougaro".

"... Dansez sur moi, dansez sur moi, le soir de mes funérailles /
Que la vie soit feu d’artifice, et la mort un feu de paille /
Un chant de cygne s’est éteint, mais un autre a cassé l’œuf..."


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Mars 2004


À recommander : l’incontournable compilation Grand Angle sur... Claude Nougaro (Phonogram/Philips - 1994), l’essentiel de la période essentielle (1962-1981) et Nougayork. Rien à jeter.
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