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     MuSiQueS
 
MADELEINE PEYROUX
Careless love
(Universal Music - 2004)

1. Dance me to the end of love
2. Don't wait too long
3. Don't cry baby
4. You're gonna make me lonesome
when you go
5. Between the bars
6. No more
7. Lonesome road
8. J'ai deux amours
9. Weary blues
10. I'll look around
11. Careless love
12. This is heaven to me
Madeleine Peyroux, c’est une chanteuse comparable à la publicité d’une marque de café soluble. Ça n’est pas la peine d’en rajouter. Douze chansons et nous sommes atteints en plein cœur.


Tout commence par un contrebasse, un piano puis la voix incroyable de Madeleine Peyroux reprenant Dance me to the end of the world de Leonard Cohen. Une reprise qui jazze et swingue, servie par une voix qui charrie les fantômes de Billie Holiday et de Bessie Smith. Une voix qui évoque une sorte de tristesse joyeuse et sereine.

Une chose qu’on ne pourra pas reprocher à Madeleine Peyroux est de ne penser qu’à sa carrière. Nous étions nombreux à avoir remarqué la demoiselle de 22 printemps qui sortit Dreamland en 1996 avec une reprise de I’m gonna sit right down and write me a letter, qui passait beaucoup à la radio, en ce temps-là.

La demoiselle eut un succès qui préparait celui de Norah Jones, des années plus tard. Elle tourna en Amérique, en Europe. On attendit avec impatience son second album. On patienta et puis plus rien.
On avait aimé son insondable mélancolie, son jazz minimaliste et sans esbroufe. Sa voix comme un cadeau du passé dans notre présent frileux. Mais il fallait sans doute se résigner à ce que Madeleine soit une étoile filante.

Or, depuis quelques jours un album que l’on n’attendait plus, vient de sortir. Échaudé par les fausses valeurs, on patiente deux-trois jours avant de l’écouter. On a un peu peur, huit ans après, de ne plus retrouver ce que l’on a aimé jadis. Sur la pochette, l’artiste est fichtrement jolie. Belle femme de trente ans. Allez ! On se lance. On écoute. Alors ? Qu’est-ce que ça donne ?

Et bien, le temps n’a pas de prise sur la beauté intrinsèque des douze chansons de Careless love. Une reprise de Cohen, une de Dylan, une d’Elliot Smith, deux de Bessie Smith et une d’Hank Wiliams, pape de la country triste. Et puis une chanson (une seule) composée par la chanteuse en compagnie de Jesse Harris, qui en composa une poignée pour le premier album de Norah Jones.

Tout cela donne un album hors du temps, plaisant à écouter et plus profond qu’il n’en a l’air. Un de ces albums qu’on prend plaisir à réécouter et qui vous accompagne matin, midi et soir bien plus efficacement qu’un parfum.

Seul bémol : il ne faudrait pas attendre huit ans pour écouter le troisième album de mademoiselle Peyroux. Et puis, si sa tournée pouvait passer par l’Europe et notamment par la France, cela ravirait nos cœurs en hiver.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Octobre 2004
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