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     MuSiQueS
 


IGGY POP
The idiot
(RCA - 1977)
(Virgin - 1990)

1. Sister midnight
2. Nightclubbing
3. Funtime
4. Baby
5. China girl
6. Dum dum boys
7. Tiny girls
8. Mass production


IGGY POP
Lust for life
(RCA - 1977)
(Virgin - 1990)

1. Lust for life
2. Sixteen
3. Some weird sin
4. The passenger
5. Tonight
6. Success
7. Turn blue
8. Neighborhood threat
9. Fall in love with me
Jamais personne n’avait osé faire ça à la musique ! Dès 1967, James Newell Osterberg (alias Iggy Pop) et son groupe, The Stooges, travaillent avec ardeur à l’élaboration d’un rock dont les fondamentaux sont simples et précis : ne pas savoir jouer. Ainsi, guitare, batterie et chant à l’unisson, peuvent infliger sans contrainte à un ampli poussé à fond l’éternel seul et même accord. Plutôt dur et bruyant, donc. Masquer l’incompétence technique par l’invention, l’énergie, l’instinctif et le débridé, Iggy et les Stooges savaient faire et ils en ont impressionné plus d’un à l’époque. Sur scène, on assiste à du pur délire, à tous les excès, exacerbés par la prise massive de drogues. Les maisons de disques, effrayées et écœurées finissent par se défiler au bout de deux disques quasi-inaudibles.

Jusqu’à l’intervention d’un admirateur nommé David Bowie, fasciné par la personnalité et le talent d’Iggy (Z’Iggy ?), qui ira jusqu’à remixer lui-même, pour rendre service, un Raw power de troisième et dernier disque pour les Stooges, en 1973. La tournée qui suivra, d’une violence inouïe (avec auto-mutilations et autres folies de la part d’un Iggy chargé à bloc à l’héroïne) sonnera le glas du groupe punk originel. Rideau.

Et Iggy Pop, pourtant reconnu et sollicité (par les Doors orphelins de Jim Morrison, notamment), devient incapable de se concentrer sur le moindre projet. Englué dans l’alcool et les substances hallucinogènes, c’est un zombie ruiné et tragique qui erre dans les rues de Los Angeles. Lors d’un bref instant de conscience, il trouvera quand même la force de se faire hospitaliser pour une cure de désintoxication volontaire. Une seule personne lui apportera visites et soutien : David Bowie. Une très forte amitié, scellée par une admiration réciproque, unit désormais les deux artistes.

Bowie emmène Iggy convalescent tout au long de sa tournée Station to station (1976) : ils ne se quitteront presque pas pendant deux ans. Bowie veut sortir son ami du bourbier et entame dès 1977 sa deuxième opération de réhabilitation d’un Iggy oublié, pillé (le mouvement punk émergeant se sert abondamment dans le répertoire et les attitudes des Stooges), désillusionné... mais vivant et remis sur pied.

Bowie est bien la seule personne qu’Iggy veut bien écouter, le seul à pouvoir le canaliser pour en extraire tout le génie créatif. La preuve : les deux meilleurs disques d’Iggy Pop sont ceux enregistrés ensemble entre fin 76 et mi-77.

D'abord, The idiot (qui sort en avril 77) : 8 morceaux co-signés Pop/Bowie, enregistrés dans les mythiques studios du château d’Hérouville (près de Pontoise) et à Hansa/Berlin. Dans une ambiance froide, synthétique, la voix d’Iggy se fait métallique dans une atmosphère underground très marquée, très pesante et très excitante : on se croirait dans une boîte glauque de la banlieue de Berlin. Des petits bijoux comme cette version originelle et déchirante de China girl accompagnée au piano d’enfant, Dum dum boys au riff imparable, le lancinant Sister Midnight... Bowie se réduit volontairement au rang de musicien, jouant les claviers et aussi, étonnamment, du saxophone (son instrument d’origine) sur Tiny girl. Sa patte est pourtant omniprésente dans cette œuvre de studio, travaillée dans ses ambiances, ciselée dans ses effets et magnifique dans son résultat. Quant à Iggy, posé, il s’intègre pour la première fois dans une production cohérente qui met en valeur toutes les facettes de sa voix, toute sa sensibilité d’interprète et toute la force de ses textes originaux. Formidable.

Une tournée accompagne dans la foulée la sortie de The idiot, avec Blondie en première partie et Bowie au second plan, discrètement assis aux claviers. Succès. C’est la renaissance d’Iggy qui retrouve ses marques.

Forts de cette belle dynamique, retour en studios à Berlin pour écrire et enregistrer (en trois jours !) un Lust for life beaucoup plus primesautier, qui démarre sur un extraordinaire riff de batterie et enchaîne neuf morceaux pleins d’énergie, de fraîcheur musicale, conforme au visage apaisé, souriant, qu’arbore en pleine pochette un Iggy dont on ne connaissait jusqu’alors que la tronche fermée et inquiétante (en plus de ses fesses et du reste, bien sûr, dont il n’a jamais renâclé à faire étalage). Il y a même un tube avec The passenger, hommage à Jim Morrison, sur un tempo léger et mélodique, nouveau et étonnant venant d’un ex-Stooges. Mais aussi le magnifique et poignant Tonight, le très amusant et lucide Success... Le tout plein de guitares, de chœurs, de pop et de rock’n’roll. Disque incontournable et très accessible, qui constitue certainement la meilleure porte d’entrée dans l’univers de cet artiste attachant dont "la seule ambition est désormais de faire une meilleure musique, de vivre en paix et ensuite mourir".

Remis sur les rails depuis 1977, il sait donc désormais où il va, Iggy Pop. Parrain avéré de tout un pan de l’histoire du rock, il endosse aujourd’hui le rôle avec détachement et sagesse, ce qui ne l’empêche pas, à 56 ans, de continuer à jouer sacrément le jeu. Son prochain album est prévu pour avril.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Février 2003
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