1. I don't blame you
2. Free
3. Good woman
4. Speak for me
5. Werewolf
6. Fool
7. He war
8. Shaking paper
9. Babydoll
10. Maybe not
11. Names
12. Half of you
13. Keep on runnin'
14. Evolution
Jai
été réveillé par quelques accords presque
maladroits plaqués sur le piano à queue blanc qui trône
au milieu de mon salon inondé ce jour-là par la lumière
naissante du petit matin. Des accords à peine dans le tempo,
comme ceux que frappait John Lennon à lépoque
du Plastic Ono Band, comme ceux que tout musicien amateur se plaît
à enchaîner pour accompagner laborieusement une chanson
quil aime. Et puis une voix de femme, un peu couverte, un peu
cassée est montée den bas. « I dont
blame you » chantait-elle, avec une telle présence que,
loin de minquiéter de savoir qui avait osé pénétrer
dans ma propriété puis dans ma maison, je me suis accroupi
dans un coin mort, en haut de lescalier qui mène à
la mezzanine et jai écouté sans bouger. Bien conscient
de vivre un moment privilégié, advienne que pourra.
Et par quatorze fois, cette voix fragile et pleine démotion
a déroulé simplement quelques notes, quelques paroles,
dans la pureté dun dépouillement presque absolu.
Pas seulement au piano. Également avec une guitare électrique
branchée sur mon ampli Marshall à lampes, mais sans
utiliser les effets. En son direct, comme ça, elle chantait.
Et moi jai fini par me dire quelle avait choisi de débarquer
comme ça, chez moi, pour enregistrer des démos. Des
démos, vous savez, ces morceaux à létat
brut, avant quils soient polis par la production, les effets
et les arrangements.
Parfois, je percevais aussi une voix dhomme, grave et belle,
murmurante, soulignant délicatement le chant de la fille. Jai
même entendu, par moments, une petite formation à cordes
ponctuer superbement ses mélodies. Et tout ça à
peine perturbé de temps à autre par le tumulte dune
batterie les rares fois où le volume de lampli était
un peu poussé, comme si elle voulait sassurer quil
ny avait bien personne dans la maison.
Recroquevillé dans lombre, plutôt que de me demander
qui ça pouvait bien être, je cherchais à savoir
à quoi ça pouvait bien ressembler, cette musique si
simple mais si intense, cette voix authentique et sans artifice, cette
inhabituelle sobriété. Lennon, Bob Dylan, Lou Reed,
Leonard Cohen... ceux qui savaient nous bouleverser avec deux ou trois
accords. Beth Gibbons
aussi, pour la voix. Mais cest curieux, je pensais aussi à
Nirvana, Pearl Jam
et consorts quand ils étaient débranchés.
Ces mélodies touchantes et originales, elles me font oublier
les fourmis qui envahissement mes jambes compressées depuis
près dune heure. Le piano sest tu progressivement.
Engourdi, quand jai pu enfin sortir de mon trou et me traîner
au salon, cest pour trouver juste deux cendriers pleins, mon
ampli resté allumé et un chat inconnu alangui sur le
piano. Javais rêvé, sûrement, mais, quoi
quil en soit, il me faudrait du temps pour men remettre.