1. We will rock you
2. We are the champions
3. Sheer heart attack
4. All dead, all dead
5. Spread your wings
6. Fight form the inside
7. Get down, make love
8. Sleeping on the sidewalk
9. Who needs you
10. It's late
11. My melancholy blues
1977.
En pleine émergence punk, la France découvrait
Freddie Mercury et sa bande avec un album fort et cohérent
qui ferait date dans l'histoire du rock. They are the champions.
On entretient forcément une relation particulière
avec son premier 33. 14/15 ans boutonneux à l’époque.
C’était au Carrefour Venette qui venait à
peine d’ouvrir ses portes - sacré événement
dans toute la région compiégnoise ! Je poussais
le Caddie et je vois encore la phrase sortir de mes lèvres
aux abords du rayon magique : "M’man, est ce que
j’peux prendre un disque ?" Culot payant ; elle acquiesça
et je me retrouvai comme devant une caverne d’Ali Baba
d’où j’étais autorisé à
extraire une merveille et une seule. C’est le regard perdu
d’un cruel robot qui me fit déposer News of the
world dans le panier métallique. "Merci m’man".
Ecoute religieuse dès le retour à la maison. Quel
choc ! Le rock dans tous ses états s’offrait à
moi en l’espace de onze titres. Une émotion intense,
un univers fabuleux, des perspectives terribles… Un enfant
du rock était né.
Contrairement à ce que certains esprits fâcheux
se sont plût à colporter, Queen est bien avant
tout un groupe de rock, baptisé au hard-rock du tout
début des seventies. Brian May (guitariste) et Roger
Taylor (batteur) sont des rockeurs patentés. Ce serait
plutôt Freddie Mercury qui serait un peu plus touche-à-tout.
Prêt à toutes les expériences et à
toutes les extravagances, c’est sous son influence que
le groupe prend une tournure moins orthodoxe, excitante et déconcertante
à la fois - tant dans sa musique que dans son image glam-androgyne
- qui donnera naissance aux deux monuments discographiques que
sont A night at the opera (1975) et A day at the races (1976)
(variété, richesse des compositions, sophistication
de la production, grandes envolées lyriques et symphoniques…
Du jamais vu !). Deux monuments fabuleux, fins et précieux,
qui virent le jour en pleine émergence du mouvement punk…
qui ne se priva pas de les souiller de ses crachats mousseux
(NB : on le sait maintenant, le God save the Queen des Sex Pistols
ne s’adressait pas à Elisabeth…).
Alors Queen décide de tourner la page et de revenir à
quelque chose de plus brut, de plus direct et de plus radical.
Et il fait très fort d’entrée, avec ce We
will rock you d’anthologie, imparable, puissant et décoiffant
qui ouvre leur nouvel album, intitulé News of the world
en hommage à un autre de ses pires ennemis, tabloïd
anglais de basse extraction. Adieu les pochettes emblasonnées
dessinées par Mercury : ici, c’est F. Kelly Freas
(dessinateur américain de BD de SF) qui officie, avec
ce robot au regard hagard qui écrabouille la population
- et en premier lieu les quatre Queen - dans ses mains d’acier.
A faire pâlir d’envie Iron Maiden ! Musicalement,
c’est magnifique. Après We are the champions -
hymne aujourd’hui encore all over the world - nouvelle
agression au rock pur avec un Sheer heart attack… presque
punk, puis la délicatesse de All dead, all dead, chanté
par May, comme un baume apaisant. Spread your wings a un refrain
proche de l’hymne lui-aussi et puis voilà la voix
rauque de Taylor sur un Fight from the inside impeccablement
asséné. Mi-temps. Et puis Get down, make love,
un morceau aujourd’hui encore inclassable, entre disco-hardcore
et spatio-sensuo-rock. Sleeping on the sidewalk, boogie dont
Clapton n’aurait pas à rougir passe juste avant
un Who needs you anecdotique (le morceau le plus faible du disque)
qui introduit les presque sept minutes d’un It’s
Late très très rock, très très épuré,
mais dont l’explosion des chœurs du refrain nous
renvoie avec bonheur au passé proche. Le disque se termine
sur une magnifique ballade au piano, My melancholy blues, ad
libitum…
Un album très fort, très cohérent et dont
le succès introduisit Queen en France où il était
jusqu’alors quasi-inconnu (ignoré ?). C’est
ce qu’on appelle un retour en fanfare à la simplicité…