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     MuSiQueS
 
THE RACONTEURS
Broken boy soldiers
(XL/Beggars Banquet - 2006)

1. Steady, as she goes
2. Hands
3. Broken boy soldier
4. Intimate secretary
5. Together
6. Level
7. Store bought bones
8. Yellow sun
9. Call it a day
10. Blue veins
Un des point d’orgues de cette année 2006, ce Broken boy soldiers vindicatif et venimeux des Raconteurs. Bien plus qu’un simple side-project pour l’esthète Jack White (White Stripes), souffle-t-on… Tant mieux, l’album est dantesque !


L’histoire commence en 2004 quand deux vieux amis se retrouvent en studio dans le cadre de l’enregistrement de l’album Van Lear Rose de Loretta Lynn. Brendan Benson (responsable de plusieurs albums power pop tels que l’excellent Apalco) et Jack White se mettent à jammer intensément jusqu’à ce qu’un riff énorme, dans la veine de Seven nation army, explose des amplis et emplisse la pièce de ces exhalaisons positives, dansantes et jouissives. C’est Steady as she goes. D’ores et déjà single de l’année 2006. Et qu’on retrouve naturellement en première plage de Broken boy soldiers.

Peu après l’épisode Van Lear Rose chez Loretta, Jack Lawrence et Patrick Keeler, section rythmique des Greenhornes (à se procurer impérativement : Sewed soles, paru en 2005), sont appelés à la rescousse pour le projet, répondant au doux, quoiqu’un brin inquiétant patronyme de The Raconteurs. Benson et White composent, produisent et mixent aux studios Ardent de Memphis (classe suprême), avec tout l’attirail vintage habituel.

Autant vous dire tout de suite qu’avec une affiche pareille, cet album ne pouvait être que bon. "De la trempe de Nevermind" avait-on pu lire… Excessif ? A l’écoute de ces dix titres épatants, on se dit que non. Même rush qui nous monte aux tempes. Même frisson extatique. De toutes les façons, un album comportant un titre de l’acabit de Steady as she goes vaut bien son pesant de cacahuètes, puisqu’il justifie en trois minutes chrono ce pourquoi nous aimons tant le wock’n’woll.

Mais ce n’est pas tout. Jack White a bien plus d’un tour dans sa besace rouge et blanche. Et Brendan aussi. Ce n’est pas un simple projet récréatif : nos deux compères jouent carrément leur va-tout. Quand le premier hurle à la mort et monte au combat, le second plane et caresse de sa voix diaphane notre monde morbide. Ainsi, lorsque la chanson éponyme (chantée par un White furibard) sonne comme du Led Zeppelin en plein trip d’acide psychédélique, Yellow sun (fredonnée par un Benson apaisé comme après un orgasme ou un fou rire) met du baume au cœur et rendrait la vie presque agréable.

Ailleurs, Blue veins est une soul blanche délicate et racée, élevée aux côtés de Marvin Gaye, Sam & Dave ou Wilson Pickett. On se prend déjà à rêver d’une version de ce titre par Holly Gollightly, qui a d’ailleurs déjà collaboré avec les Greenhornes (voir la BO de Broken flowers). Clins d’œil au gospel, clins d’œil à Bowie, clins d’œil bien appuyés aux Beatles, Small Faces et autres patriarches anglais ou, à l’occasion, américains… Nos quatre comparses ont des influences notoires mais brouillent invariablement les pistes, avec force basse à la hussarde, batterie mâte, guitares à l’avenant et voix convolant en justes noces.

D’où vient ce Level totalement stellaire, folky et psyché-blues à la fois ? Quid de ce Hands halluciné ? The Raconteurs s’amusent comme des dingos, font feu de tout bois et se gaussent bien de ce que va penser le quidam qui jettera une esgourde curieuse à cette musique à la fois belle et étrange. Belle et étrange, oui c’est bien cela. Difficile d’accès ? Possiblement. Mais, en même temps, difficile de ne pas être happé par la houle de ces dix chansons/épopées mystiques, au carrefour des genres, de Syd Barrett à Eno, de Steve Marriott aux Beatles du double-blanc… Sans oublier, par exemple, Howlin’ Wolf, dont l’influence se fait ressentir jusque dans les saillies vocales et les giclées de slide-guitar (Store bought bones) de Jack White, décidément intraitable. Ces électrons libres, nommés Raconteurs, ont tout bon et se donnent déjà les moyens de briguer l’impossible. Chef d’œuvre.


Gabriel Pereira
© Jowebzine.com - Mai 2006
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