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     MuSiQueS
 
DAMIEN RICE
O
(East West - 2003)

1. Delicate
2. Volcano
3. The Blower's Daughter
4. Cannonball
5. Older Chests
6. Amie
7. Cheers Darlin'
8. Cold Water
9. I Remember
10. Eskimo
L’Irlandais Damien Rice a réussi à faire de son premier album, O, un brillant recueil de chansons douces-amères, où l’émotion est toujours à fleur de peau.


Depuis quelques années, on apprend à d’anonymes jeunes français comment devenir une star "aussitôt écouté, aussitôt oublié". Le tout dans un château truffé de caméras et autres micros. Parmi leurs nombreux "cours", on leur enseigne à transmettre l’émotion par leurs visages (aussi expressifs qu’un poulpe au réveil) et leurs voix (copie conforme des Hélène Segara, Céline Dion ou Barbara Streisand). Comme s’il fallait apprendre à faire passer l’émotion.

Car l’émotion, c’est inné. Soit on l’a, soit on ne l’a pas. Attention à ne toutefois pas se méprendre. On ne parle pas ici de l’émotion de comptoir, de plateaux télévisés. Non, il est question ici de la vraie, la grande émotion : celle qui vous prend les tripes, vous donne des frissons qui vous courent tout le long de l’échine, qui vous tire des larmes.
Récemment, c’est le duo Johnny Cash/Joe Strummer sur la reprise de Bob Marley Redemption’s song (disponible sur le coffret Unearthed dont nous reparlerons bientôt dans ces pages) qui a remporté tous les suffrages : beau, touchant, émouvant. Tout y est.

En 2003, la palme revient sans conteste à un petit Irlandais de son état : Damien Rice ; auteur improbable d’un des plus doux, tristes et beaux albums de l’année. Sobrement intitulé O, cet album comporte 10 petites perles de folk-pop songs. Damien Rice y raconte ses déboires sentimentaux, ses peines, ses doutes, de façon mélancolique et parfois même optimiste.

Les guitares folks sont de sortie, ne s’emballent jamais, et sont accompagnées la plupart du temps par un violon ou un piano discret (qui donne un cachet supplémentaire indéniable à l’ensemble). Une production réussie, qui met en avant les petits bonheurs de chaque morceau.

I look to my Eskimo friends, when I’m down

Jamais notre homme n’en fait trop, ne va trop loin, n’est vulgaire. Tout reste simple, limpide et beau comme jamais. Et comme cela ne suffisait pas à nous faire frissonner d’émoi, une voix féminine (rappelant une calme PJ Harvey) vient s’ajouter sur quelques titres comme Volcano, Older chests ou Cold water (chanson de près de 5 minutes, où quelques cœurs masculins viennent s’immiscer pour chanter quelques Hallelujah).

Damien Rice est un de ces songwriters doués qui arrivent sur le devant de la scène depuis quelques années. On pense ici aux Tom McRae, Sufjan Stevens, Jude ou (à un degré moindre) David Gray et Ryan Adams. Ceux qui ont du talent plein les mains, plein la tête. Des artistes dans la droite lignée des Bob Dylan, Nick Drake et autres Bill Fay.
And "I look to my Eskimo friends, when I’m down", chante Damien Rice sur Eskimo friends, le titre qui clôt l’album. Quand ça n’ira pas, nul doute que l’on se jettera corps et âmes perdues dans ce petit bijou musical.

Pour écrire cette chronique, l’auteur de ces lignes a réécouté ce O. Et comme toujours depuis quelques mois, il en a les larmes aux yeux et la chaire de poule. Et un grand sourire couvrant son visage, conscient d’assister là à la naissance d’un grand, d’un très grand artiste.


Olivier Combes
© Jowebzine.com - Février 2004



Site officiel : www.damienrice.com
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