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     MuSiQueS
 
RITA MITSOUKO
La femme trombonne
(Virgin - 2002)

1 - Entrée
2 - Evasion
3 - Vieux rodéo
4 - Triton
5 - Trop bonne
6 - Tous mes vœux
7 - Tu me manques
8 - J’applaudis
9 - Melodica
10 - Interlude
11 - Ce sale ton
12 - Sacha
13 - 1928
Nous avions eu l’opportunité chanceuse d’un petit avant goût de la nouvelle galette des Rita (lors d’un des mini-concerts du tour de chauffe, le 3 juillet à L’espace Pierre Cardin) et nous nous attendions à quelque chose de plus brut, de plus rock et de plus dépouillé que la précédente Cool Frénésie.

Un homme averti en valant deux, il n’aura pas fallu plus de deux écoutes pour être en mesure de rédiger le compte-rendu de cette Femme trombone, à l’étonnante pochette ethno-bariolée (on dirait la représentation stylisée et très colorée des têtes de Chichin et Ringer, après qu’elles aient été réduites par une tribu d’indiens d’Amazonie).

Et ça démarre par une petite intro musicale, un peu pompière (on dit pompeuse ou pompante ?), comme au début d’un concert, avant que les artistes entrent en scène. D’ailleurs on entend des applaudissements, comme dans un disque live. Le ton est donné. La Femme Trombone sonne comme un disque live. Son de guitares brutes, amplis saturés, batterie très clinquante : le rock dans son plus simple appareil.

Il y a plus de guitares que d’habitude chez les Rita. Le co-producteur Iso Diop (ex Assassin) n’est pas resté les bras ballants derrière ses consoles : il a apporté ses grattes pour prêter main forte à Fred. Un son magnifique, puissant et dépouillé, véritable identité d’un disque qui sonne (trop ?) uniformément. Les morceaux sont courts, enlevés, concentrés. La voix de Catherine Ringer imparable, formidablement humaine, riche et sans artifice.

Mais alors, qu’est ce qui fait qu’au bout de deux écoutes tu as déjà envie de ranger cette femme et son trombone dans la pile, toi qui usas jusqu’à la cote du même nom ton exemplaire de Cool frénésie sans en être jamais rassasié ? C’est que l’inspiration, le concept, le travail sur les textes et les musiques sont manifestement restés à un niveau beaucoup plus superficiel. Et comme c’est moins fouillé, moins riche et moins ambitieux, eh bien c’est tout simplement plus vite consommé. Consommé avec plaisir, avec entrain et un certain enthousiasme, certes. Mais plus vite et avec moins de conséquences. Et puisqu’on parle de consommation avec modération, j’y ferais bien le même parallèle qu’entre la dégustation d’une belle bouteille et un petit gorgeon de jaja bien frais.

C’est malheureux, mais cette Femme trop bonne - devenue trombone parce qu’elle souffle dans l’instrument à coulisse de son bonhomme (!) ("classieux", comme dirait l’autre, dont l’ombre semble plutôt à la barre qu’à la bourre…) - qui revendique si naïvement la mixité face au machisme (Vieux rodéo), qui nous détaille les douleurs physiques et mentales de la menstruation (Tous mes vœux), ou fantasme sur la taille de la queue d’un triton, semble par trop à la merci d’obsessions terre à terre pour nous séduire complétement. Et ce bon gros rock qui habille le tout, il penche quand même plutôt vers le gros rouge qui tâche que vers le sirop vignolat.

Un album vite fait bien fait. Trop vite fait, pas trop mal ficelé, mais pas assez inspiré pour effacer la trace du pénultième.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Septembre 2002
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